Chapitre 2 - McFollup mène la danse

  • Salut Éliot ! Tu te souviens où on en était restés hier ?
  • Oui. Nos amis ont atterri dans la couronne de la statue de la Liberté et sont en train de filer sur Manhattan, le coeur de la ville de New York. Ils naviguent sur un bateau à moteur sur l'Hudson River et viennent de passer devant Ellis Island, île sur laquelle ont débarqué des millions d'immigrés (Européens pour la plupart), avant de devenir citoyens américains.
  • Bien retenu Chef ! Maintenant, regarde bien la carte pour comprendre comment est composée la ville de New York. Il y a cinq arrondissements. C'est bien moins qu'à Paris, qui en comprend vingt, mais chacun d'eux est par contre beaucoup plus grand. Alors, tu vois là, au coeur de la ville, tu as Manhattan. C'est une île tout en longueur, entourée de rivières. Et autour, de l'autre côté des rivières, tu trouves les autres arrondissements. Au sud-ouest, bien plus bas que les minuscules Liberty et Ellis Island, une autre île nommée Staten Island donne directement sur l'Océan Atlantique. À l'est de Manhattan maintenant, de l'autre côté de l'East River, s'enchaînent, en remontant du sud au nord : Brooklyn, Queens, et enfin le Bronx. Et voilà, tu as les cinq arrondissements de la ville, sachant que Manhattan reste de loin le plus visité et qu'il comporte lui-même de nombreux quartiers, aux ambiances bien différentes.
  • OK, bon je vais essayer de ne pas m'y perdre
  • Tu verras, ce n'est pas si compliqué. Allez, on poursuit...

Nos amis débarquèrent à la pointe sud de Manhattan, en l'occurrence à Battery Park, après avoir amarré le bateau à un ponton qui portait une curieuse inscription : AMNH NYC.

Kalico eut tôt fait de traduire NYC ; cela signifiait New York City. Par contre, il eut beau se gratter le cuir chevelu en fronçant les sourcils, « AMNH » ne lui inspirait rien. Résigné, il photographia la plaque métallique grâce à son téléphone portable. Il pourrait ainsi y revenir plus tard, sans effort de mémorisation.

  • On ne sait jamais, ça pourrait servir, pensa-t-il.

Quelques pas plus loin, un banc public les attendait.

  • Asseyons-nous là, les invita Kahouette.

Une fois tous installés, elle sortit ses chers patins à roulettes de son sac à dos. Elle les chaussa immédiatement, car sans eux, elle ne se sentait jamais pleinement à l'aise.

D'un bond, elle se releva et fit un tour sur elle-même avant de prendre la parole.

  • Alors voilà mes amis, j'ai été obligée de réagir vite. Vous voyez cette petite enveloppe que j'ai récupérée sous la rampe d'escalier dans la statue, elle a été placée là ce matin par un visiteur. Demain, elle aurait risqué d'avoir déjà disparu. Les hommes de ménage sont très méticuleux semble-t-il ; ils auraient pu trouver le paquet à l'aube pendant leur service, avant l'arrivée des premiers touristes.
  • Et il n'aurait pas pu planquer son trésor un autre jour ton visiteur, histoire qu'on ait un peu de temps pour préparer la mission, lui opposa Kapeyo ?
  • Je crois qu'il était un peu paniqué. Il m'a envoyé un email plutôt surprenant, à vrai dire, poursuivit Kahouette, l'air pensif.
  • C'est-à-dire ? s'enquit Kapeyo.
  • Eh bien, je vais vous le lire, dit-elle avant de rechercher le fameux email sur son téléphone portable. Voilà, j'ai trouvé :

« Chère K compagnie,
J'avais rendez-vous lundi prochain avec le Professeur Barnabus, de l'Université de Montréal. Je devais lui remettre un dossier confidentiel. J'ai découvert que ce n'est pas lui qui viendrait au rendez-vous, mais quelqu'un qui s'était fait passer pour lui. Alors, je n'ai d'autre choix que de m'en remettre à vous. On m'espionne, je suis surveillé la plupart du temps. Venez récupérer le dossier SVP.
J'ai laissé les instructions sous la rampe gauche au niveau de la dixième marche en partant du dernier étage de la statue offerte par votre pays. Attention, le changement de gardien au rez-de-chaussée intervient normalement à 23 heures. Mais ces deux-là aiment bien discuter. Celui qui prend son service arrive toujours en avance, vers 22 h 45, et laisse la porte de sortie entrouverte. C'est son collègue qui la referme en partant, aux environs de 23 h 15.

Vous aurez donc une demi-heure de battement pour vous échapper par bateau. Je vous joins un plan avec son emplacement. Et n'attendez pas, le paquet pourrait être découvert par l'équipe d'entretien dès le lendemain.

Merci d'avance pour votre aide. Le regretté Professeur Stratos m'a tant parlé de vous.

Professeur McFollup – Directeur de Recherche AMNH ».

  • AMNH ? Mais c'est l'inscription que nous avons trouvée en accostant par bateau ! s'exclama Kalico, triomphal.
  • Oui, et tu avais la même plaque au ponton de départ, sur Liberty Island, corrigea Kahouette. Tu n'avais pas remarqué ?
  • Pas vraiment...
  • Et vous savez quoi ? Je n'ai eu aucun mal à découvrir à quoi correspondait ce sigle. Saisissez-le sur Internet et vous verrez. Vous obtiendrez le site de l'American Museum of Natural History (AMNH), le musée américain d'histoire naturelle, qui se trouve ici même, à New York.
  • Ce Professeur McFollup était donc ami avec notre cher Professeur Stratos. Lui qui se faisait toujours un plaisir de nous apprendre mille choses lorsque nous lui rendions visite à la Grande Galerie de l'Évolution, au Jardin des Plantes. Que de bons moments passés à l'écouter, se remémorait Karmeille.
  • Vous comprenez maintenant pourquoi je n'ai pas hésité à vous entraîner précipitamment dans cette aventure ? Les amis du Professeur Stratos sont nos amis, n'est-ce pas ?
  • Assurément ! conclurent-ils de concert.

Satisfaits par ces explications, tous se regroupèrent autour de Kahouette pour prendre connaissance du contenu de la petite enveloppe.

Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir quatre billets ornés d'une silhouette bien connue ! Une femme le visage de profil, flottant dans les airs, les pieds en canard, un sac fourre-tout fermement tenu dans la main droite et un parapluie dans l'autre main.

  • Mary Poppins ! s'écria Kahouette. J'ai toujours rêvé d'aller voir ce spectacle. Et à Broadway, en plus.
  • Mais qu'est-ce qu'on va aller faire là-bas ? interrogea Kapeyo, dubitatif.
  • Eh bien, voir une fantastique comédie musicale ! poursuivit Kahouette. Et puis, si le Professeur McFollup nous a laissé ces billets, c'est sans doute pour entrer en contact avec nous sans attirer l'attention, pendant la représentation.
  • Mais ce n'est que demain soir à 20 heures ; on va où en attendant ? s'inquiéta Kalico, qui sentait la fatigue le gagner.
  • Pas de panique, regarde, il y a autre chose dans l'enveloppe. Une carte magnétique et un plan de Manhattan.
  • Par ici la carte, ordonna Kalico, en la chipant des mains de Kahouette. Vous voyez là, une croix rouge. Nous n'avons qu'à nous y rendre. Avec un peu de chances, notre hôte nous aura réservé un coin pour passer la nuit.
  • Je veux bien, mais j'espère que tu comprends quelque chose à ce plan parce que moi je suis perdue, protesta Karmeille, les yeux écarquillés.
  • Ne t'inquiète pas. C'est bien plus simple que ça en a l'air. Manhattan est un véritable quadrillage. À l'horizontale tu as les rues (street en anglais), numérotées de 1 à 220 en allant du sud au nord. Et à la verticale les avenues, numérotées de 1 à 12 d'est en ouest. Il suffit de savoir au croisement de quel numéro de rue et de quel numéro d'avenue tu dois te rendre, et le tour est joué. C'est comme à la bataille navale !
  • Ah oui, c'est bien pratique, mais pas très poétique tout de même. Et tu es sûr que ça marche à tous les coups ? Parce que la first street (première rue) ne démarre pas à la pointe sud de l'île, mais un peu plus haut, poursuivit Karmeille.
  • C'est vrai ça. Et l'avenue de Broadway tiens, on dirait bien qu'elle n'est pas si rectiligne. En plus, elle ne porte même pas de numéro, compléta Kahouette.
  • Eh oui les filles, comme toutes les règles, celle que je vous ai énoncée comporte des exceptions. Effectivement, au sud de la first street, voire même un peu au-delà dans la partie ouest, on ne retrouve pas le quadrillage parfait du reste de l'île et les rues portent des noms. Quant à Broadway, avenue connue pour ses théâtres dans sa partie proche du quartier de Times Square, c'est une autre exception.
  • Times Square, c'est là qu'on ira applaudir Mary Poppins demain ? s'enquit Karmeille.
  • Exact, Mam'zelle. Allez, on va attraper un taxi pour nous rendre à l'angle de Washington et Horatio street, juste à la frontière avec le monde rectiligne, conclut Kalico.

C'est ainsi que notre petite troupe prit pour la première fois un de ces fameux taxis jaunes. Cinq minutes plus tard, ils étaient arrivés à destination. Un building de taille raisonnable, paré de briques, leur faisait face. Il présentait des escaliers extérieurs en façade, comme tant d'autres immeubles à New York.

Kahouette inséra la carte magnétique dans un lecteur qui se trouvait à proximité de la porte d'entrée. Et bingo ! Celle-ci s'ouvrit. Dans le hall trônait un panneau d'informations. Plusieurs notes s'y trouvaient affichées. L'une d'elles disait simplement : « K Compagnie, dernier étage, appartement n° 509 ».

Sans attendre, ils s'engouffrèrent dans l'ascenseur. Arrivés au cinquième étage, ils n'eurent aucun mal à trouver l'entrée, ni à pénétrer dans l'appartement grâce à la même carte, qui leur avait permis d'ouvrir la porte de l'immeuble.

Après avoir lu le message de bienvenue laissé sur le comptoir de la cuisine, ils tombèrent, exténués, dans les lits qui leur avaient été préparés. Il était plus de minuit, le voyage depuis Paris avait été long, une bonne nuit de sommeil s'imposait.

  • Voilà cher Éliot. Tu sais ce qu'il te reste à faire maintenant ?
  • J'y vais, répondit-il dans un bâillement, avant de prendre congé.

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly