Chapitre 1 - Rendez-vous couronne de la Liberté

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« Police de New York, les mains en l'air ! Vous êtes en état d'arrestation ! » C'est sur ces mots que s'acheva l'épisode d'« Inspecteur Bluejet » du jour. Ce dessin animé était déjà l'un des favoris d'Éliot, mais l'épisode de New York l'avait bluffé. Il en restait songeur, laissant le générique de fin défiler sans même y prêter attention. Tous ces buildings, ces taxis jaunes, ces voitures de Police lancées à toute vitesse en faisant retentir leurs sirènes hurlantes... On ne doit pas s'ennuyer à New York, pensa-t-il.

Il fallait qu'il en ait le coeur net en sollicitant Monsieur Kakouk.

  • Tu m'as appelé, Éliot ? interrogea Monsieur Kakouk en apparaissant.
  • Oui Monsieur Kakouk. Je viens de voir un épisode d'« Inspecteur Bluejet » trop bien à la télé. Ça se passait à New York. Il y avait une course-poursuite entre un taxi et des voitures de Police la nuit au milieu des immeubles géants et des enseignes lumineuses. C'est vraiment comme ça là-bas ?
  • Les immeubles géants et la lumière ne manquent pas, évidemment. Il y a aussi pas mal de trafic dans les rues, surtout sur les artères principales. Mais on y trouve également des quartiers beaucoup plus calmes, et même la nature en plein coeur de la ville. Je te vois venir, va... Tu veux y accompagner la K compagnie pour t'en rendre compte par toi-même, c'est ça ?
  • Yes ! Prêt au décollage ? Trois, deux, un, partez !

La K compagnie était lancée à 10.000 kilomètres/heure au-dessus de l'Atlantique, leurs bouteilles à propulsion solidement harnachées sur le dos, destination Big Apple. Eh oui, la grosse pomme en anglais, c'est ainsi qu'on surnomme New York.

Tout s'est passé si vite, songea Karmeille, qui était le seul membre de la K compagnie dépourvu de bouteille. Elle était si petite et si légère qu'elle voyageait enroulée dans une toile d'araignée, attachée à la branche de lunette de son coéquipier, Kalico.

Ils avaient tous l'habitude de départs précipités lorsqu'ils étaient appelés en mission, mais cette fois, ils avaient battu leur record. C'est Kahouette qui les avait informés de l'urgence de la situation. Ils avaient tous reçu le même SMS de sa part, à 21 h 17 : « RDV 3 h 45 du mat pour départ NY, couronne de la liberté ».

Kalico avait eu tout juste le temps de repérer les lieux sur la carte et de préparer l'itinéraire. Sur les indications de Kahouette, il programma un atterrissage dans la couronne de la statue de la Liberté, située sur l'île du même nom, Liberty Island. À son arrivée au point de ralliement, parc des Buttes Chaumont, il avait tenté d'en savoir plus sur ce qui les attendait, mais Kahouette avait refusé de parler, prétextant qu'il n'y avait plus un instant à perdre et qu'ils auraient tout le temps de discuter après leur arrivée sur les lieux.

Kapeyo, lui aussi, en était resté comme deux ronds de flan. Il ne comprenait toujours pas pourquoi leur partenaire n'avait consenti aucune explication. À présent, il fendait l'air à vingt-cinq kilomètres au-dessus de l'océan, les bras le long du corps et la mine courroucée. D'un naturel pourtant calme, cela l'irritait franchement de se savoir embarqué dans une mission sans qu'on ait pris le temps de lui expliquer de quoi il en retournait.

Après une bonne demi-heure de vol, Kalico pointa la mythique statue, engageant le groupe à ralentir, pour tenter de négocier l'atterrissage en douceur.

La tâche ne fut pas facile ; il leur fallut viser un orifice de la couronne pour plonger directement à l'intérieur de l'édifice. Plusieurs ouvertures cerclaient en effet le crâne de la dame, permettant aux visiteurs d'admirer la vue depuis le dernier étage de la statue. Fort heureusement, un détail d'importance n'avait pas échappé à la magicienne du groupe. À quelques mètres de l'arrivée, Karmeille fit disparaître le vitrage d'un battement de cils. Sans son intervention, l'atterrissage se serait avéré fatal. Il fut néanmoins assez brutal, puisque leur trajectoire fut stoppée tout net après leur intrusion, du fait de la rambarde métallique de l'escalier, qui se dressait à guère plus de deux mètres des fenêtres.

Sonnés, ils restèrent assis un moment, les yeux hagards, avant que Kapeyo ne se décide à engager la conversation.

  • Alors Kahouette, tu nous expliques maintenant ?
  • Quelle heure est-il ? questionna-t-elle au lieu de répondre.
  • 22 h 40, répondit Kalico.
  • Bon ça va, on est dans les temps, mais il ne faut pas traîner... On récupère le paquet et on file directement ensuite. Suivez-moi.

Elle descendit quelques marches et attrapa une enveloppe roulée dissimulée sous la rampe de l'escalier, qui semblait avoir été scotchée là. Elle en tâta le contenu avant de poursuivre la descente de l'escalier à pas de loups, sommant ses complices de faire preuve de la plus grande discrétion.

En arrivant au rez-de-chaussée, 354 marches plus bas, Kahouette s'immobilisa, écartant les bras en croix en signe de halte. Elle tendit l'oreille. Des éclats de voix se faisaient entendre depuis une pièce toute proche, de laquelle émanait un rai de lumière, par la porte laissée entrouverte.

Kahouette pointa du menton la sortie qu'il leur fallait gagner, au bout du couloir. Pour cela, ils devaient passer devant la porte entrebâillée sans se faire prendre. Les deux individus réunis dans la pièce ne semblaient pas vraiment sur leurs gardes bien au contraire... Ils s'abandonnaient à des crises de franche rigolade, si bien qu'ils laissèrent le champ libre à nos amis pour s'échapper de la forteresse.

Ni vus, ni connus, ils se retrouvèrent à l'extérieur en un clin d'oeil et embarquèrent bientôt à bord d'un petit bateau, amarré à leur attention. Kahouette les y conduisit les yeux fermés, montrant qu'elle avait eu communication de la feuille de route, contrairement à ses acolytes, qui, pour l'heure, continuaient à subir les évènements.

Ils s'éloignèrent à la rame dans le silence de la nuit, sur l'Hudson River. Lorsqu'ils se trouvèrent au niveau d'Ellis Island, Kahouette jugea qu'il était temps de mettre en route le moteur pour gagner Manhattan rapidement. Ils étaient maintenant hors de danger. À en juger par les regards que les membres de la K compagnie firent peser de concert sur la pauvre Kahouette, celle-ci n'allait plus pouvoir différer encore longtemps la séance d'explications qu'elle leur devait. Dès leur arrivée sur la terre ferme, elle le savait, il s'agirait de les briefer illico presto.

  • Voilà M'sieur, c'est tout pour aujourd'hui, trancha Monsieur Kakouk.
  • Oui enfin presque tout, rétorqua Éliot. Tu m'as parlé d'Ellis Island et tu ne m'as même pas expliqué ce que c'est.
  • J'ai fait ça ? Alors, je suis confus. Ellis Island est une petite île, située sur la rivière Hudson tout comme Liberty Island, l'île de la statue. Les deux îles ne sont distantes que de 800 mètres. Aujourd'hui, Ellis Island abrite le musée américain de l'immigration. Autrefois, c'est là qu'étaient débarqués les immigrants, le temps de valider leur admission sur le sol américain, après leur long voyage en bateau depuis le vieux continent européen. Parce que les États-Unis se sont construits grâce aux vagues d'immigration successives. Les premiers migrants, qu'on appelle aussi les pionniers, sont arrivés au seizième siècle. Parmi eux, des Espagnols, des Français, des Hollandais, puis de nombreux Anglais. Par la suite, ce Nouveau Monde, terre des promesses où tout semblait possible, a continué à attirer des hommes de toutes origines. Certains tentaient le grand voyage en espérant faire fortune. D'autres partaient à la recherche d'une vie meilleure ou fuyaient tout simplement la famine qui sévissait dans leur pays natal. Mais ce n'est que bien plus tard, entre 1892 et 1954, qu'Ellis Island est devenu le point d'entrée incontournable pour les nouveaux migrants. Après un bref passage sur l'île pour les vérifications d'usage (état de santé notamment), 2 % des candidats à l'immigration se voyaient refuser l'entrée sur le territoire américain et contraints de retourner chez eux.
  • Alors ils étaient obligés de refaire tout le trajet en sens inverse ?
  • Eh oui, et c'était un coup très dur pour eux évidemment. L'île a donc été surnommée l'île des pleurs (Island of Tears), ou encore l'île des coeurs brisés (Heartbreak Island). Mais en 62 ans d'activité, elle a vu débarquer 12 millions d'immigrants et aujourd'hui, plus de 100 millions d'Américains ont un ancêtre qui est passé par Ellis Island.
  • Et la statue de la Liberté, c'est quoi son histoire ?
  • Elle a été offerte par la France en témoignage de l'amitié entre les deux nations à l'occasion du centenaire de l'indépendance des États-Unis, en 1876. Et c'est l'ingénieur Gustave Eiffel qui a conçu la structure interne de la statue de la Liberté, le même qui a donné son nom à la plus impressionnante de ses créations : la Tour Eiffel.
  • Trop fort notre Gustave national ! L'indépendance des États-Unis, c'était en 1776 alors ?
  • Oui, le 4 juillet. Les treize colonies britanniques de l'époque (états appartenant à la Grande-Bretagne) ont décidé de prendre leur indépendance, donnant ainsi naissance aux États-Unis d'Amérique.
  • Alors, les États-Unis ont presque 240 ans ?
  • Oui, mais si on remonte aux premiers explorateurs européens, à partir de la découverte du continent par Christophe Colomb en 1492, on totalise cinq siècles d'histoire...
  • Eh oui, ça commence à faire pas mal. Bon, j'arrête là mes questions. On se retrouve demain pour la suite de l'histoire ?
  • OK petit, à demain.
  • À demain...

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly