Chapitre 1 - Le cousin du judoka

Arbre le Grand Fromager du Jardin botanique de Deshaies en GuadeloupeCe soir-là, je fredonnais une chanson qu'écoute souvent Maman : « Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante, Saint Vincent, Loin Singapour, Seymour, Ceylan... », quand tout à coup :

  • Salut Éliot, c'est joli ce que tu chantes là. Toutes ces îles, ça me donne envie de faire mes valises, pas toi ?
  • Oui, mais tu m'as fait peur Monsieur Kakouk ; je n'avais pas vu qu'il faisait déjà nuit.
  • Désolé... Mais dis-moi, le sable fin et les cocotiers, c'est pas mal comme destination de vacances quand le vent d'hiver commence à souffler dehors... Tu n'es pas de mon avis ?
  • Ça, c'est sûr. Mais, Marie-Galante, c'est aussi une île ? C'est bizarre comme nom...
  • Mais oui, ça fait partie de la Guadeloupe.
  • Bah ça alors ! C'est là que les parents de mon amie Margot sont nés. J'aimerais bien savoir comment c'est. On peut y aller avec la K compagnie ?
  • Justement, une nouvelle aventure les y appelle. Il ne nous reste qu'à les accompagner pour en faire le récit !

Kapeyo, grand sportif qu'il est, ne manquait son entraînement de judo que lorsqu'il en était empêché par une mission de la K compagnie. Comme chaque vendredi, il s'était donc rendu à son cours, où il avait donné le meilleur de lui-même. Après cette dépense d'énergie, il se sentait parfaitement apaisé. Il allait prendre le chemin du vestiaire lorsque son professeur l'interpela :

  • Kapeyo... commença-t-il l'air soucieux.
  • Oui, Monsieur Jukado, qu'y a-t-il ?
  • Eh bien, j'ai un cousin en Guadeloupe, à qui il est arrivé de graves ennuis.
  • Ah bon ? Et de quoi s'agit-il ? s'enquit Kapeyo.
  • Il cultive du café là-bas ; c'est son métier. Et quelqu'un a brûlé toutes ses récoltes.
  • Mais c'est terrible...
  • Oui, d'autant qu'ils ont trois petits enfants avec sa femme. La récolte n'a commencé que depuis quinze jours, et elle ne dure que quelques mois. Comment vont-ils s'en sortir pour l'année qui vient ? Sans compter que les bâtisses qui sont utilisées dans le processus de fabrication du café ont été brûlées, elles aussi. Je ne vois vraiment pas comment je pourrais les aider...
  • Vous avez bien fait de m'en parler, Monsieur Jukado. Vous savez combien nous aimons relever les défis avec mes amis de la K compagnie. Prévenez votre cousin que nous le retrouverons à Pointe-à-Pitre demain à 18 heures. Demandez-lui simplement où il souhaite qu'on se rencontre et communiquez-moi le lieu de rendez-vous par texto.
  • Kapeyo, tu me sauves la vie, répondit Monsieur Jukado en lui donnant l'accolade. Tu as assez d'informations pour partir ?
  • Euh, pas tout à fait. Comment s'appelle-t-il votre cousin ?
  • Jukado, comme moi. Désiré Jukado.
  • Très bien. Et n'oubliez pas de m'envoyer le texto.
  • Je n'y manquerai pas ; je vais m'empresser d'annoncer la nouvelle à Désiré.

Sur ces mots, l'élève et son professeur se saluèrent. Kapeyo regagna le vestiaire, puis s'éclipsa discrètement, alors que Monsieur Jukado enchaînait déjà avec le cours suivant. Il semblait tout ragaillardi. Ses élèves avaient intérêt à être en forme, car ce cours-ci ne serait certainement pas de tout repos pour eux. Kapeyo sourit à cette idée en montant quatre à quatre les marches qui menaient à la sortie.
Cela tombait bien, les amis s'étaient donné rendez-vous à leur pizzeria favorite le soir même. Kapeyo pourrait ainsi parler à ses complices sans attendre.
Le pizzaïolo, Tony Manzani, était si attentif à ses clients qu'il avait mis au point depuis longtemps une pizza spécialement adaptée aux besoins de Karmeille. Elle n'était pas plus grosse qu'une pièce de monnaie et aussi fine que du papier de soie. Et il la garnissait d'un mélange d'herbes de son jardin, une recette dont lui seul avait le secret.
À peine furent-ils attablés ce soir-là, que Karmeille se réjouissait déjà à l'idée de déguster ce qui était devenu son plat préféré. C'est alors que le téléphone de Kapeyo vibra. Il lut à voix haute le message qui lui était adressé :

  • « RDV demain 18 h à la capitale devant église St Pierre St Paul avec Désiré. Merci encore mon ami. Patrice Jukado ». Parfait, dit Kapeyo en reposant son téléphone sur la table.

Il exposa alors la situation à ses amis qui, bien entendu, s'interrogeaient à propos de ce message, auquel ils n'avaient rien compris.

Kalico ne put s'empêcher de pianoter sur son téléphone portable pour afficher la carte de la Guadeloupe, avant même que Kapeyo eût terminé de décrire l'objet de la mission.

C'est donc lui qui enchaîna pour apporter des précisions sur le voyage qui les attendait.

  • Regardez la Guadeloupe, elle ressemble à un papillon. Pointe-à-Pitre en est la capitale. Les 2 ailes sont séparées par un mince filet d'eau. L'aile de droite (à l'est) s'appelle Grande-Terre ; on y trouve un relief de plaine. L'aile de gauche (à l'ouest et légèrement plus au sud), c'est Basse-Terre. Avec la Soufrière, volcan toujours actif aujourd'hui, on culmine à 1.467 mètres.
  • Et il est dangereux ce volcan ? interrogea Kahouette.
  • Sa dernière éruption date de 1976. Son réveil a été provoqué par des séismes, mais la population a pu être évacuée à temps. Le volcan est très surveillé depuis 1950, si bien qu'ils peuvent prévoir ce genre d'évènement.
  • Il n'y a donc pas vraiment de raisons de s'inquiéter ? suggéra Karmeille, soucieuse malgré tout.
  • Non, sois tranquille chère coccinelle. Poursuivons maintenant avec la géographie guadeloupéenne. Le papillon est complété par trois îles principales. Vous voyez, là au sud de Basse-Terre, c'est le petit archipel des Saintes, le paradis des plongeurs. Il est constitué de Terre-de-Haut à l'est et Terre-de-Bas à l'ouest. À l'est des Saintes maintenant, on trouve Marie-Galante, bien plus grosse et toute ronde. On la surnomme d'ailleurs « la Grande Galette ». C'est une terre agricole ; on y cultive en majorité la canne à sucre. Et enfin, à l'est de Grande-Terre, la Désirade, petite montagne verte et sauvage, qui s'étire de tout son long. Voilà à peu près à quoi tout cela ressemble vu du ciel, mais bien d'autres ilets encore composent l'archipel guadeloupéen. Ils sont inhabités pour la plupart, mais peuplés d'animaux : oiseaux, iguanes, et toutes sortes d'espèces de la faune locale.
  • Et le cousin de ton prof, Kapeyo, il habite où ? demanda Kahouette.
  • On a rendez-vous avec lui sur la place de l'église Saint-Pierre Saint-Paul, à Pointe-à-Pitre. C'est à Grande-Terre, mais tout près du coeur du papillon. Quant à sa plantation de café, je suppose qu'elle se trouve à Basse-Terre. Avec son relief montagneux, il y pleut beaucoup, et la végétation ne s'en porte que mieux.
  • Eh bien c'est parfait, comme ça on verra du pays ! conclut Kahouette, enjouée.
  • Et dis-nous tout Maître Kalico, reprit Karmeille. Le trajet sera long jusqu'à Pointe-à-Pitre ?
  • Oh, à peine trois quarts d'heures avec nos bouteilles à propulsion.

Kahouette en soupira d'aise.

  • Dire que demain nous serons sur le continent américain, posés sur une terre paradisiaque, entre la petite mer des Caraïbes et le grand océan Atlantique, poursuivit-elle à voix haute, perdue dans ses pensées.
  • Juste une précision Miss Kahouette : la mer des Caraïbes s'appelle aussi la mer des Antilles et elle fait partie de l'océan Atlantique, compléta Kalico, fier de son intervention.
  • Merci Monsieur Je-Sais-Tout, lui rétorqua-t-elle.

En fait, elle était un peu énervée que l'intellectuel du groupe l'ait sortie de ses songes pour de nouvelles informations géographiques.
Kalico ne se formalisa pas. Il connaissait la nature rêveuse de son amie et la savait parfois saturée par sa conversation encyclopédique. Mais c'était plus fort que lui, il ne pouvait s'en empêcher. Il décida pourtant de faire un effort et proposa de raconter une histoire drôle.

  • Bonne idée ! lancèrent-ils tous en choeur.

Il comprit à leur réaction que Kahouette avait exprimé tout haut ce que tout le monde pensait. Alors, il se lança :

  • Trois petits steaks hachés se baladent dans la forêt avec leur maman. Ils s'amusent bien jusqu'au moment où la maman ne les voit plus et les appelle. Elle finit alors par paniquer et sort de la forêt pour appeler les gardes forestiers. C'est alors qu'elle tombe sur ses petits steaks : « Mais où étiez-vous passés ? »
— « Bah, on steak haché ! ».
  • Pas mal... mais tu l'as trouvée où celle-là ? questionna Kahouette.
  • Bah, sur internet.
  • Ah ouais, il faudra que tu me donnes l'adresse du site pour que j'aille y faire un tour.
  • OK Miss, je te l'envoie par texto.

Le dîner se déroula ainsi dans une ambiance conviviale, où fusèrent devinettes et histoires drôles. Quant aux pizzas de Tony, elles comblèrent les papilles de nos amis. Comme toujours !
Le lendemain, ils se retrouvèrent à 21 h 30 (16 h 30 heure de Pointe-à-Pitre), avant de s'envoler vers leur nouvelle mission.

  • La suite demain cher Éliot.
  • Déjà...

Sur ce, Monsieur Kakouk disparut, sans ajouter un mot.

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly