Chapitre 3 - Panique à l'hippodrome

  • Bonjour Éliot, tu es resté sur ta faim hier, n'est-ce pas ?
  • Tu peux le dire, Monsieur Kakouk ! Maman nous a dérangés, mais je me rappelle où on en était. La K compagnie et Tiloustic sortaient de chez Madame Tchang pour se rendre au marché aux oiseaux à Kowloon.
  • Ex-ac-te-ment ! Alors, on peut poursuivre.

Tiloustic profita des quelques stations de métro qui les séparaient de leur destination pour expliquer à nos amis une coutume locale.

  • Les Hongkongais qui ont des volatiles se rendent souvent au marché aux oiseaux pour faire la causette, commença-t-il.
  • Ah bon ? Comment ça ? demanda Kahouette.
  • Ils s'installent sous un arbre et suspendent leur cage à une branche. Comme ça, les oiseaux discutent entre eux d'une cage à l'autre et leurs maîtres font de même. Ça donne une joyeuse cacophonie !
  • C'est pas bête, les oiseaux doivent être plus heureux. Chez nous, lorsqu'ils sont seuls dans une cage, ils ne peuvent pas se faire d'amis.
  • Tu as raison Kahouette, reconnut Karmeille. Ça ne vaut pas la liberté, mais c'est quand même moins triste.

À leur arrivée au marché, il ne leur restait donc plus qu'à trouver Monsieur Poh et son canari en cage. Tiloustic, qui connaissait bien leurs habitudes, emmena le petit groupe, droit au but.

Une joyeuse cacophonie en effet résonnait autour d'un ficus elastica. C'est Tiloustic qui renseigna nos voyageurs sur cet arbre étonnant. Il a la particularité d'exhiber ses racines, hors de terre. Elles forment ainsi comme un enchevêtrement de branches, au pied de l'arbre.

Monsieur Poh étant très occupé à papoter avec ses amis, ils eurent tout loisir d'entrer en contact avec son canari. 

  • Psst, canari ! Tiloustic, enchanté de faire ta connaissance. Ton maître loue un appartement à Madame Tchang dans le centre, et elle s'occupe aussi de ses chevaux à l'hippodrome.
  • Enchanté Tiloustic, répondit le canari en lui serrant la patte. Moi, c'est Piou Piou. Par contre, tu te trompes sur le compte de mon maître, il ne possède ni immeuble, ni chevaux. En réalité, il travaille pour Madame Piang Mai, et c'est à elle que tout appartient.
  • Ça alors ? Ma maîtresse comme moi n'étions pas au courant. Et tu sais où vit cette Madame Piang Mai ?
  • Oui, à Repulse Bay, au sud de l'île de Hong Kong. Tu sais, dans ce grand immeuble face à la mer, qui a une immense ouverture au centre de la façade.
  • Oui, je vois très bien. La légende dit qu'ils ont laissé cette ouverture pour permettre au dragon de descendre de la montagne et de s'abreuver dans la mer en passant sa tête à travers l'ouverture.
  • C'est ça ! Eh bien, elle habite au dernier étage.
  • Alors, c'est donc cette mystérieuse dame qui veut expulser ma maîtresse pour revendre l'immeuble à « Gégé le Poulpe ».
  • Ah oui, j'en ai entendu parler. Mon maître est bien triste pour tous les locataires à qui il doit demander de partir. Il a bien essayé de convaincre Madame Piang Mai, mais elle n'a que faire du malheur de ces gens. Après leur avoir loué pendant des années des appartements délabrés, elle les met dehors sans hésitation pour récupérer un maximum d'argent de la vente de l'immeuble à « Gégé le Poulpe ».
  • Et vous savez comment on pourrait piéger cette dame ? intervint Kalico, choqué par ses méthodes.
  • J'aurais bien ma petite idée... sifflota Piou Piou.
  • Ah oui ?
  • Oui, oui, oui... Je connais bien son meilleur cheval, Éclair. Je le rencontre souvent à l'hippodrome quand j'y accompagne Monsieur Poh. Madame Piang Mai gagne beaucoup d'argent grâce à cet étalon ; il remporte toutes les courses. Je suis sûr qu'il serait prêt à vous aider ; je sais qu'il aime beaucoup Madame Tchang.
  • Et de quelle manière pensez-vous qu'il pourrait nous aider ?
  • Eh bien, en faisant éclater au grand jour les agissements de Madame Piang Mai. Allez le voir. Il doit courir ce soir. Vous trouverez bien un moyen...

Tiloustic et Kalico remercièrent chaleureusement Piou Piou, pendant que les autres montaient encore la garde pour s'assurer que Monsieur Poh ne surprenne pas leur conversation.

Il n'était sans doute pas si mauvais que cette Madame Piang Mai. Néanmoins, il restait plus prudent de se méfier.

Les enquêteurs passèrent le reste de l'après-midi, installés sur un banc du parc de Kowloon, pour mettre au point leur plan d'attaque.

Le soir venu, ils gagnèrent l'hippodrome. Et là, une nouvelle facette de la ville s'offrait à eux. Cette grande étendue de gazon perdue au milieu des grattes ciel, apparaissait comme un mirage. Les spectateurs, élégamment vêtus, s'agitaient déjà dans les tribunes, impatients d'assister au spectacle. Quant à Madame Piang Mai, elle avait pris place dans sa loge réservée. Pendant ce temps-là, Tiloustic et la K compagnie rencontraient Éclair pour le convaincre de les aider.

Vers 21 heures, les chevaux firent leur entrée, sous les applaudissements des spectateurs. Madame Piang Mai scrutait la ligne de départ avec ses jumelles. Elle s'étonna qu'Éclair fût monté par un jockey qu'elle ne connaissait pas. Cependant, il était trop tard pour s'en inquiéter.

Dans la tribune d'en face, deux charmants enfants, accompagnés d'une coccinelle et d'un hamster, venaient de s'installer. Ils observaient, la mine réjouie, Éclair et son jockey vedette. Et pour ce soir seulement, c'est Kapeyo qui l'incarnait. Mais ils n'étaient pas là pour les pousser à la performance ; bien au contraire.

Et comme prévu, dès le top départ, le favori démarra mollement. Au bout de quelques mètres, Kapeyo laissa flotter une immense banderole. On pouvait y lire : « Halte à l'exploitation ». Cet événement inattendu jeta un froid dans l'hippodrome. Madame Piang Mai quitta alors sa loge, furieuse.

Elle fit tout ce qu'elle put pour étouffer l'affaire, sans y parvenir. Dès le lendemain, l'incident de l'hippodrome fit la une des journaux. Kapeyo s'en expliquait en dénonçant l'état de délabrement des appartements loués à de pauvres gens par la propriétaire d'Éclair. Il fit également le récit du calvaire de Madame Tchang, obligée de travailler à l'hippodrome à plus de 70 ans pour pouvoir payer le loyer de son appartement minuscule, et dont on voulait aujourd'hui l'expulser.

Ces révélations étaient évidemment fort gênantes pour Madame Piang Mai. Elle s'exprima alors à son tour dans les journaux. Elle prétexta qu'elle était une femme d'affaires très occupée et qu'elle n'était pas au courant de la situation de sa locataire. Elle s'engagea alors à reloger Madame Tchang, dans une petite maison neuve qu'elle possédait, dans le village de Tai O. C'est un village de pêcheurs typique, qui se trouve sur l'île de Lantau. Madame Piang Mai promit aussi que le loyer de Madame Tchang resterait inchangé, et qu'elle n'aurait plus besoin de travailler à l'hippodrome.

  • Alors, ils ont gagné ! lança Éliot.
  • On le dirait bien. Ne crions pas victoire avant que Madame Tchang soit définitivement installée, mais notre K compagnie semble bien partie pour réussir cette mission.
  • Ils sont trop forts ! Tu me raconteras la fin demain, Monsieur Kakouk ?
  • Avec joie, petit.

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly