Chapitre 1 - Un mystérieux email

lieu-HK-001Qu'est-ce que je pourrais bien faire ? se demandait Éliot, l'air pensif, installé dans son petit fauteuil derrière la baie vitrée du salon.

Au même instant, l'horizon s'éclaira alors que la nuit allait bientôt tomber. Monsieur Kakouk se manifesta alors sans attendre.

  • Salut bonhomme ! Où veux-tu que je t'emmène ce soir ?
  • Tu tombes bien, Monsieur Kakouk ! Papa est à Hong Kong pour son travail en ce moment ; j'aurais bien aimé partir avec lui...
  • Alors, on y va ! La K compagnie se fera un plaisir de nous faire découvrir cette ville trépidante.

Un matin, Kalico consultait sa messagerie sur l'ordinateur, les yeux encore embués de sommeil, sa tasse de chocolat fumante posée à côté du clavier. Quant à sa coupe de cheveux, je te laisse imaginer... Il parcourait ses premiers emails en bâillant, avant de fixer son attention sur un message mystérieux.

« Objet : URGENT — Madame Tchang est en danger

Chère K compagnie,

J'ai entendu parler de vos talents par mon cousin australien. Pourriez-vous m'aider à sauver Madame Tchang ? La pauvre vieille dame est menacée d'expulsion. À son âge et avec sa maigre retraite, elle aura toutes les peines du monde à se reloger. Je ne sais pas comment faire, et j'ai si peur qu'elle se retrouve à la rue du jour au lendemain...

Vous êtes peut-être déjà en mission en ce moment, mais Madame Tchang a besoin qu'on l'aide de toute urgence. Alors s'il vous plaît, volez à notre secours dès que cela vous sera possible.

Merci d'avance,

Tiloustic, de Hong Kong »

Après avoir pris connaissance de cet appel de détresse, Kalico donna aussitôt rendez-vous à ses amis, au cyber Café du coin. Réunis derrière l'écran, Kapeyo, Kahouette et Karmeille découvrirent leur nouvelle mission en lisant le message de Tiloustic. Ils comprirent qu'il n'y avait plus de temps à perdre. Cela tombait bien, ils avaient pu se reposer depuis leur dernière mission. En effet, ils étaient rentrés depuis une semaine, et se sentaient donc en pleine forme pour repartir.

  • L’Asie... pensa Kahouette à voix haute. Quel continent fascinant ! Kalico, tu nous montres où se trouve Hong Kong sur la carte ?
  • Vous voyez, là, au sud de la chine, c'est Hong Kong. La ville est composée de trois zones. Au nord : Kowloon, directement rattaché au territoire chinois. Au sud, on trouve l'île de Hong Kong elle-même. Et enfin, à l'ouest, vous avez l'île de Lantau, sur laquelle se situe l'aéroport, mais aussi le grand Bouddha, immense statue de 34 mètres de haut. Elle est perchée au sommet d'une grande colline verdoyante.
  • La nature, ce n'est pourtant pas ce qui vient en premier à l'esprit quand on pense à Hong Kong, souligna Karmeille.
  • Effectivement, c'est avant tout une ville qui concentre une multitude de tours immenses, mais la nature retrouve ses droits dès qu'on s'éloigne un peu du centre, au sud de l'île de Hong Kong et sur l'île de Lantau en particulier.
  • Mais ça doit être compliqué de circuler d'une zone à l'autre de Hong Kong, s'enquit Kapeyo.
  • Pas vraiment, en fait. Il y a des routes et des lignes de métro pour relier tout ça. Et si on n'y prend pas garde, on ne s'aperçoit même pas qu'on est passé d'une zone à l'autre.
  • Bon, c'est pas tout ça, mais il faudrait peut-être qu'on lui réponde à Tiloustic, reprit Karmeille. Histoire qu'il soit là pour nous accueillir à notre arrivée...

Et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, nos amis s'étaient mis d'accord sur le texte de l'email à envoyer à Tiloustic.

« Cher Tiloustic,

Nous avons été très émus par l'histoire de votre Madame Tchang. Nous sommes prêts à intervenir dès maintenant. Nous vous proposons de nous retrouver à Hong Kong demain, au lever du soleil. Indiquez-nous simplement un lieu discret où nous rencontrer, et faites-nous savoir comment nous pourrons vous reconnaître.

Amitiés,

K compagnie, de France »

Tiloustic répondit quelques minutes plus tard :

« Très chère K compagnie,

C'est pour moi une joie immense de vous accueillir à Hong Kong. Grâce à vous, Madame Tchang va pouvoir reprendre espoir. Je vous donne rendez-vous au pic Victoria, point le plus haut de l'île de Hong Kong, depuis lequel on domine toute la ville. Et il n'est pas nécessaire que vous me reconnaissiez. C'est moi qui viendrai à vous ; mon cousin d'Australie m'a suffisamment parlé de votre petite équipe pour que je vous retrouve sans difficulté.

A demain mes amis,

Tiloustic »

  • Mais qui donc est ce cousin d'Australie ? questionna Kalico en se tournant vers ses complices. On n'y a jamais mis les pieds !
  • Mystère, mystère... répondirent les autres en chœur.

En fait, aucun d'eux n'en avait la moindre idée. Tant pis ! Ils n'allaient pas s'arrêter à ce petit détail. Une chose était sûre, Tiloustic et Madame Tchang comptaient sur eux, désormais. Nos aventuriers se séparèrent donc devant le cyber Café en échangeant un enthousiaste « rendez-vous cette nuit » collectif. Ils n'avaient guère besoin d'en dire davantage, l'affaire était entendue. Comme à leur habitude, ils allaient se retrouver au Parc des Buttes Chaumont, d'où ils s'envoleraient en toute discrétion, équipés de leurs bouteilles à propulsion. Dix mille kilomètres les séparant de leur destination, ils comptaient une heure de trajet. En programmant leur montre sur l'heure hongkongaise, il leur suffisait de se retrouver au parc, deux heures avant l'heure locale de lever du soleil. En effet, ils prévoyaient toujours une heure de marge pour les mises au point avant le décollage et les éventuels obstacles qu'ils pourraient rencontrer en chemin.

Cette nuit-là, tout se passa sans encombre, si bien qu'il faisait encore nuit noire lorsqu'ils atterrirent au pic Victoria. De là, Tiloustic n'avait pas menti, la ville entière scintillait sous leurs pieds.

  • Regardez les amis, leur montra Kalico, c'est le centre de Hong Kong, juste en bas. Et plus loin, sur l'autre rive, c'est Kowloon.
  • Ça me donne le vertige tous ces grattes ciel, regretta Karmeille, qui se sentait naturellement plus à son aise au milieu de la verdure.
  • Mais rend-toi compte, chère coccinelle, des prouesses réalisées par l'homme ici. Tous ces buildings construits à flanc de colline, et pas un mètre carré qui ne soit construit ! C'est impressionnant.
  • Tu as raison, acquiesça Kapeyo. On se demande même comment tout cela peut tenir. On a l'impression que plus rien n'est impossible en contemplant cette fourmilière humaine.
  • Hep là, les interpela Kahouette qui s'était rendue à l'opposé en un clin d'œil grâce à ses patins à roulettes. Venez voir l'autre versant de l'île, ça n'a rien à voir !

Le trio rejoignit Kahouette et tous les quatre s'assirent pour admirer un tout autre paysage. Il y a avait bien quelques hauts buildings, marque de fabrique de cette ville du futur, mais on découvrait aussi une nature luxuriante, et la mer qui s'étirait à l'horizon. Et déjà, l'aurore pointait son nez ; le soleil allait se lever et enflammer la mer. C'était un spectacle merveilleux qui se préparait. Karmeille se sentait maintenant apaisée. Elle respirait la nature à pleins poumons en attendant que le jour vienne réchauffer doucement ses ailes.

  • Éliot, ouvre tes yeux. Je te raconterai la suite demain. Tu ne t'es pas endormi, au moins ?
  • Ah non, Monsieur Kakouk, je fermais les yeux pour mieux imaginer la scène. Ça a l'air si beau. C'est Papa qui a de la chance !
  • Mais tu iras un jour toi aussi, j'en suis sûr. En attendant, va jouer un peu avec Max et rendez-vous demain pour la suite de l'aventure.
  • J'y serai sans fautes, Monsieur Kakouk !

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Chapitre 2 - Drôle de petite bête

Comme la veille à la même heure, Éliot était confortablement installé dans son fauteuil. Monsieur Kakouk n'avait plus qu'à se montrer.

  • Salut Éliot, je vois que tu m'attends déjà.
  • Bah oui, dépêche-toi Monsieur Kakouk, Maman a dit qu'on dînait de bonne heure ce soir.
  • Alors, c'est parti !

Le premier rayon du soleil venait de percer à l'horizon, lorsque nos amis entendirent un bruit de roulement derrière eux. Ils se retournèrent tous les quatre dans une même réaction de surprise. Et là, à quelques mètres, une sphère transparente fonçait tout droit sur eux. Kapeyo arrêta cet objet roulant non identifié avant qu'il ne les heurte, et s'aperçut au même instant qu'il transportait un passager à son bord.

Tous se regroupèrent autour de ce véhicule inattendu, avant de s'écrier :

  • C'est un hamster !

La petite bête essayait de se faire entendre à travers la paroi et Kapeyo finit par comprendre qu'il n'avait qu'à ouvrir la sphère pour la libérer. L'animal se dressa sur ses pattes arrière et lança :

  • Bienvenue à Hong Kong, K compagnie ! Je suis Tiloustic, votre guide pendant ce séjour.

Les aventuriers en restèrent scotchés. Ils n'avaient pas imaginé une seconde que Tiloustic puisse être un hamster. Après quelques secondes de silence, c'est Karmeille qui enchaîna :

  • Enchanté Tiloustic. Moi, c'est Karmeille, dit-elle en lui serrant la patte.

Les autres suivirent en se présentant à leur tour. Puis, Kahouette continua :

  • Comment diable avez-vous fait pour arriver jusqu'au pic avec cette boule de plastique ?
  • Je ne suis pas venu du centre-ville grâce à cette seule boule, rassurez-vous. Madame Tchang connaît bien le chauffeur de bus qui assure la liaison avec Victoria Peak. Elle m'a confié à lui et il m'a déposé à deux cents mètres d'ici. Ensuite, je me suis débrouillé. J'ai l'habitude de rouler dans ma boule. En fait, je cours dedans et elle prend rapidement de la vitesse. Bien sûr, je suis un peu secoué et je fais souvent des tonneaux à l'intérieur. Mais c'est le moyen le plus rapide que je connaisse pour me rendre d'un point à un autre, à condition qu'il n'y ait pas de montées et que la distance ne soit pas trop longue tout de même. Sinon, je prends le bus, comme je l'ai fait ce matin.
  • Vraiment épatant ! admit Kapeyo. Et votre cousin australien est aussi un hamster alors ?
  • Oui, il vous a repérés à Bali, cette île paradisiaque de l'archipel indonésien. Il y a fait un voyage l'an dernier, pendant que vous y séjourniez pour une mission. Il vous a vus à l'œuvre et il a pris quelques renseignements sur vous, et il a bien fait ! C'est grâce à lui que j'ai obtenu votre adresse email.
  • C'est un malin votre cousin, le félicita Kalico.
  • Je ne vous le fais pas dire ! Et rien ne lui échappe. Même pendant ses vacances, vous voyez.
  • Et Madame Tchang ? Elle ne vous a pas accompagné ? s'étonna Kahouette.
  • Je ne lui ai pas encore parlé de vous. Je ne voulais pas lui donner de faux espoirs. On ne sait jamais, si vous aviez eu des problèmes pour venir... Paris, ce n'est pas la porte à côté, tout de même. Maintenant que vous êtes là en chair et en os, je vais vous mener jusqu'à elle. Nous allons prendre le funiculaire pour rejoindre le centre. Kapeyo, je peux m'installer sur votre épaule ? Vous m'avez l'air d'un solide gaillard !
  • Pas de problème ! répondit-il alors que Kahouette s'emparait de la boule de plastique, pour la ranger dans son sac à dos.

Quant à Karmeille, elle avait repris place sur la branche de lunettes de Kalico, son poste d'observation favori.

En fait, cela ne lui fut pas très utile pour la descente en funiculaire. Elle était tellement impressionnée qu'elle préféra fermer ses paupières pendant tout le trajet. La pente était si raide qu'elle craignait à tout moment que la cabine se détache.

Une fois cette épreuve terminée, nos petits enquêteurs déambulaient au cœur de la ville, le nez pointé vers le ciel. Au détour de chaque rue, ils découvraient de nouvelles tours, toutes plus hautes les unes que les autres. Et Kahouette dut se contenter de rouler à petits pas, tant les rues grouillaient de monde.

Tiloustic les guida à travers ce labyrinthe avant de s'immobiliser devant une vieille tour de béton délabrée, coincée entre deux autres, aux allures de sculptures de verre, dans lesquelles s'engouffraient des gens chics et pressés.

  • Voilà, c'est ici que loge Madame Tchang, au rez-de-chaussée de cet immeuble, annonça Tiloustic.
  • Et ces échafaudages sur la façade, en quoi sont-ils ? demanda Karmeille, intriguée.
  • Ils sont en bambou, répondit Tiloustic.
  • En bambou ! reprit la coccinelle. Mais, c'est assez solide ?
  • Bien sûr ! Vous verrez, c'est comme ça dans toute la ville, y compris pour les tours les plus hautes. En fait, c'est plus sûr au contraire. Il y a parfois des typhons dans la région ; ce sont des vents très forts, qui balayent tout sur leur passage. Et croyez-moi, un tube de bambou fait bien moins de dégâts en tombant qu'un tube d'acier.
  • Effectivement, je n'y avais pas pensé, concéda Karmeille.
  • Entrez maintenant, je vais vous présenter Madame Tchang.

Tous s'exécutèrent, sans mot dire.

En pénétrant dans l'appartement, la K compagnie découvrit une vieille dame voûtée, mais fort souriante. Son espace de vie se révéla sombre et minuscule, mais bien tenu, malgré tout.

Tiloustic fit les présentations d'usage et Madame Tchang les invita à partager le traditionnel thé vert chinois. Une fois tous attablés, Kalico commença à mener l'enquête.

  • De quoi êtes-vous menacée exactement, Madame Tchang ? la questionna-t-il, avant de boire une gorgée de thé et de laisser échapper une grimace.

Manifestement, le breuvage bouillant lui avait brûlé le gosier. Sans y prêter attention, la vieille dame lui répondit.

  • En fait, vous avez dû remarquer ces tours superbes qui encadrent mon pauvre immeuble. Eh bien, c'est là tout le problème. Le quartier est en pleine rénovation et le propriétaire de l'immeuble, Monsieur Poh, veut le vendre à une célèbre marque de montres : « Gégé le Poulpe ». Ils veulent remettre l'immeuble en état pour y ouvrir un magasin au rez-de-chaussée, et installer des bureaux dans les étages.
  • « Gégé le Poulpe » ! Drôle de nom pour une marque de montres, se moqua Kahouette. Et elles ont du succès ces montres ?
  • Pensez donc ! C'est une marque très à la mode et les Hongkongais adorent les montres, et tous les objets de luxe en général.
  • Et le loyer de votre petit appartement est cher ? se renseigna Karmeille.
  • Les loyers sont très chers à Hong Kong, vous savez. Alors, j'aide Monsieur Poh à l'hippodrome, et en échange, il divise le prix de mon loyer par deux. Il possède une dizaine de chevaux de compétition. Je suis chargée de les nourrir, de les laver et d'entretenir leurs box. Autrement, je ne pourrais pas m'en sortir.
  • Et ce Monsieur Poh, où habite-t-il, s'enquit Kapeyo ?
  • À Mong Kok, un quartier de Kowloon, l'un des plus peuplés au monde. Tiloustic connaît Monsieur Poh ; il pourra vous mener à lui. Vous le trouverez plus sûrement au marché aux oiseaux ; il a l'habitude d'y emmener son canari en balade, chaque jour après le déjeuner.
  • Madame Tchang, merci pour ces précisions, conclut Kahouette en lui serrant la main. Nous ignorons encore si nous trouverons une solution pour vous tirer d'affaire, mais soyez assurée que nous ferons notre possible.
  • C'est très gentil à vous, chers amis. Je ne peux que vous souhaiter bonne chance. En tout cas, avec mon hamster, vous êtes escortés par le meilleur guide de la ville. Il la connaît comme personne !
  • À table !

Ce soir-là, sans le savoir, la maman d'Éliot interrompit un peu brutalement le récit de Monsieur Kakouk. Du coup, il disparut avant que le petit garçon ait eu le temps de lui dire au revoir. Malgré tout, Éliot savait que son ami ne manquerait pas leur petit rituel le lendemain.

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Chapitre 3 - Panique à l'hippodrome

  • Bonjour Éliot, tu es resté sur ta faim hier, n'est-ce pas ?
  • Tu peux le dire, Monsieur Kakouk ! Maman nous a dérangés, mais je me rappelle où on en était. La K compagnie et Tiloustic sortaient de chez Madame Tchang pour se rendre au marché aux oiseaux à Kowloon.
  • Ex-ac-te-ment ! Alors, on peut poursuivre.

Tiloustic profita des quelques stations de métro qui les séparaient de leur destination pour expliquer à nos amis une coutume locale.

  • Les Hongkongais qui ont des volatiles se rendent souvent au marché aux oiseaux pour faire la causette, commença-t-il.
  • Ah bon ? Comment ça ? demanda Kahouette.
  • Ils s'installent sous un arbre et suspendent leur cage à une branche. Comme ça, les oiseaux discutent entre eux d'une cage à l'autre et leurs maîtres font de même. Ça donne une joyeuse cacophonie !
  • C'est pas bête, les oiseaux doivent être plus heureux. Chez nous, lorsqu'ils sont seuls dans une cage, ils ne peuvent pas se faire d'amis.
  • Tu as raison Kahouette, reconnut Karmeille. Ça ne vaut pas la liberté, mais c'est quand même moins triste.

À leur arrivée au marché, il ne leur restait donc plus qu'à trouver Monsieur Poh et son canari en cage. Tiloustic, qui connaissait bien leurs habitudes, emmena le petit groupe, droit au but.

Une joyeuse cacophonie en effet résonnait autour d'un ficus elastica. C'est Tiloustic qui renseigna nos voyageurs sur cet arbre étonnant. Il a la particularité d'exhiber ses racines, hors de terre. Elles forment ainsi comme un enchevêtrement de branches, au pied de l'arbre.

Monsieur Poh étant très occupé à papoter avec ses amis, ils eurent tout loisir d'entrer en contact avec son canari. 

  • Psst, canari ! Tiloustic, enchanté de faire ta connaissance. Ton maître loue un appartement à Madame Tchang dans le centre, et elle s'occupe aussi de ses chevaux à l'hippodrome.
  • Enchanté Tiloustic, répondit le canari en lui serrant la patte. Moi, c'est Piou Piou. Par contre, tu te trompes sur le compte de mon maître, il ne possède ni immeuble, ni chevaux. En réalité, il travaille pour Madame Piang Mai, et c'est à elle que tout appartient.
  • Ça alors ? Ma maîtresse comme moi n'étions pas au courant. Et tu sais où vit cette Madame Piang Mai ?
  • Oui, à Repulse Bay, au sud de l'île de Hong Kong. Tu sais, dans ce grand immeuble face à la mer, qui a une immense ouverture au centre de la façade.
  • Oui, je vois très bien. La légende dit qu'ils ont laissé cette ouverture pour permettre au dragon de descendre de la montagne et de s'abreuver dans la mer en passant sa tête à travers l'ouverture.
  • C'est ça ! Eh bien, elle habite au dernier étage.
  • Alors, c'est donc cette mystérieuse dame qui veut expulser ma maîtresse pour revendre l'immeuble à « Gégé le Poulpe ».
  • Ah oui, j'en ai entendu parler. Mon maître est bien triste pour tous les locataires à qui il doit demander de partir. Il a bien essayé de convaincre Madame Piang Mai, mais elle n'a que faire du malheur de ces gens. Après leur avoir loué pendant des années des appartements délabrés, elle les met dehors sans hésitation pour récupérer un maximum d'argent de la vente de l'immeuble à « Gégé le Poulpe ».
  • Et vous savez comment on pourrait piéger cette dame ? intervint Kalico, choqué par ses méthodes.
  • J'aurais bien ma petite idée... sifflota Piou Piou.
  • Ah oui ?
  • Oui, oui, oui... Je connais bien son meilleur cheval, Éclair. Je le rencontre souvent à l'hippodrome quand j'y accompagne Monsieur Poh. Madame Piang Mai gagne beaucoup d'argent grâce à cet étalon ; il remporte toutes les courses. Je suis sûr qu'il serait prêt à vous aider ; je sais qu'il aime beaucoup Madame Tchang.
  • Et de quelle manière pensez-vous qu'il pourrait nous aider ?
  • Eh bien, en faisant éclater au grand jour les agissements de Madame Piang Mai. Allez le voir. Il doit courir ce soir. Vous trouverez bien un moyen...

Tiloustic et Kalico remercièrent chaleureusement Piou Piou, pendant que les autres montaient encore la garde pour s'assurer que Monsieur Poh ne surprenne pas leur conversation.

Il n'était sans doute pas si mauvais que cette Madame Piang Mai. Néanmoins, il restait plus prudent de se méfier.

Les enquêteurs passèrent le reste de l'après-midi, installés sur un banc du parc de Kowloon, pour mettre au point leur plan d'attaque.

Le soir venu, ils gagnèrent l'hippodrome. Et là, une nouvelle facette de la ville s'offrait à eux. Cette grande étendue de gazon perdue au milieu des grattes ciel, apparaissait comme un mirage. Les spectateurs, élégamment vêtus, s'agitaient déjà dans les tribunes, impatients d'assister au spectacle. Quant à Madame Piang Mai, elle avait pris place dans sa loge réservée. Pendant ce temps-là, Tiloustic et la K compagnie rencontraient Éclair pour le convaincre de les aider.

Vers 21 heures, les chevaux firent leur entrée, sous les applaudissements des spectateurs. Madame Piang Mai scrutait la ligne de départ avec ses jumelles. Elle s'étonna qu'Éclair fût monté par un jockey qu'elle ne connaissait pas. Cependant, il était trop tard pour s'en inquiéter.

Dans la tribune d'en face, deux charmants enfants, accompagnés d'une coccinelle et d'un hamster, venaient de s'installer. Ils observaient, la mine réjouie, Éclair et son jockey vedette. Et pour ce soir seulement, c'est Kapeyo qui l'incarnait. Mais ils n'étaient pas là pour les pousser à la performance ; bien au contraire.

Et comme prévu, dès le top départ, le favori démarra mollement. Au bout de quelques mètres, Kapeyo laissa flotter une immense banderole. On pouvait y lire : « Halte à l'exploitation ». Cet événement inattendu jeta un froid dans l'hippodrome. Madame Piang Mai quitta alors sa loge, furieuse.

Elle fit tout ce qu'elle put pour étouffer l'affaire, sans y parvenir. Dès le lendemain, l'incident de l'hippodrome fit la une des journaux. Kapeyo s'en expliquait en dénonçant l'état de délabrement des appartements loués à de pauvres gens par la propriétaire d'Éclair. Il fit également le récit du calvaire de Madame Tchang, obligée de travailler à l'hippodrome à plus de 70 ans pour pouvoir payer le loyer de son appartement minuscule, et dont on voulait aujourd'hui l'expulser.

Ces révélations étaient évidemment fort gênantes pour Madame Piang Mai. Elle s'exprima alors à son tour dans les journaux. Elle prétexta qu'elle était une femme d'affaires très occupée et qu'elle n'était pas au courant de la situation de sa locataire. Elle s'engagea alors à reloger Madame Tchang, dans une petite maison neuve qu'elle possédait, dans le village de Tai O. C'est un village de pêcheurs typique, qui se trouve sur l'île de Lantau. Madame Piang Mai promit aussi que le loyer de Madame Tchang resterait inchangé, et qu'elle n'aurait plus besoin de travailler à l'hippodrome.

  • Alors, ils ont gagné ! lança Éliot.
  • On le dirait bien. Ne crions pas victoire avant que Madame Tchang soit définitivement installée, mais notre K compagnie semble bien partie pour réussir cette mission.
  • Ils sont trop forts ! Tu me raconteras la fin demain, Monsieur Kakouk ?
  • Avec joie, petit.

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Chapitre 4 - Retour aux sources

  • Bonsoir Monsieur Kakouk, je crois qu'on a juste le temps de finir l'histoire avant que Papa rentre.
  • Alors, c'est aujourd'hui qu'il revient de voyage ?
  • Eh oui, je suis sûr qu'il aura plein de choses à me raconter.
  • C'est certain, mais toi aussi je pense. Allez, on continue...

Madame Tchang fut particulièrement heureuse d'apprendre qu'elle serait relogée à Tai O. En fait, c'était le village de son enfance. Elle ne pouvait imaginer plus douce retraite, que de retourner vivre là où elle avait grandi.

Madame Piang Mai avait chargé Monsieur Poh d'organiser le déménagement. Madame Tchang n'avait donc plus qu'à gagner son nouveau logis avec son hamster. Ses effets personnels l'attendaient déjà là-bas. La K compagnie fut également du voyage jusqu'à Tai O. Pour eux, c'était aussi l'occasion de découvrir l'île de Lantau. Ils pouvaient rejoindre leur destination de plusieurs manières, mais ils choisirent un itinéraire qui passait par le grand Bouddha. Cette perspective réjouissait aussi beaucoup Madame Tchang, qui aimait se recueillir sur ce lieu sacré. Ils prirent donc le métro jusqu'à Tung Chung, terminus de l'île de Lantau. De là, on pouvait prendre le « cable car » (équivalent du téléphérique), qui menait à la mythique statut.

Cela faisait quelques minutes que leur cabine flottait dans les airs, lorsque Kahouette s'écria :

  • Le grand Bouddha !

Tous se retournèrent pour admirer la silhouette majestueuse, assise au sommet de la colline. Elle semblait imposante et légère à la fois. Une brume délicate l'enveloppait.

Tiloustic se trouvait sur l'épaule de Madame Tchang. Tous deux contemplaient le spectacle en silence, leurs têtes posées l'une contre l'autre. Envahie par l'émotion, Madame Tchang laissa couler une larme de ses yeux malicieux, tandis qu'elle caressait le pelage de son fidèle compagnon.

En descendant du cable car, il restait un peu de marche pour arriver jusqu'au grand Bouddha. Il leur fallut d'abord traverser une rue bordée de magasins de souvenirs. Ils flânaient comme les autres touristes lorsqu'un Français aborda Kalico :

  • Bonjour mon garçon. Pourrais-tu me rendre un petit service ?
  • Certainement Monsieur. De quoi s'agit-il ?
  • Eh bien, j'ai un garçon de ton âge et je voudrais lui rapporter ce T-shirt en souvenir. Il a à peu près le même gabarit que toi ; tu veux bien l'essayer ?
  • Pas de problème.
  • Im-pec-cable ! lança Kahouette, une fois que le mannequin eut passé le vêtement.
  • Oui, ce sera parfait pour mon petit Éliot, conclut le monsieur en remerciant Kalico. Pour Max, c'est déjà fait... Alors il ne me reste plus que Lisa, continua le touriste en se parlant à lui-même.

À ces mots, Éliot croisa le regard de Monsieur Kakouk dans un sourire complice, avant de se concentrer à nouveau sur l'histoire. Monsieur Kakouk poursuivit...

Une fois arrivés au pied du grand Bouddha, il restait encore quelques centaines de marches à gravir pour se hisser jusqu'à lui. Mais déjà, son visage serein et son regard sincère hypnotisaient les visiteurs. Pendant toute la montée, les yeux fixés dans les siens, ils se sentaient attirés par sa bienveillance.

Après cette escapade insolite, il ne restait plus qu'à prendre un bus, qui faisait la liaison avec Tai O en une dizaine de minutes.

À leur arrivée, nos aventuriers suivirent Madame Tchang à travers son village. De petites maisons de bois sur pilotis bordaient les ruelles, où on ne pouvait circuler qu'à pied. Le village était coloré par de nombreux commerces. On y vendait beaucoup de poisson séché, suspendu à des ficelles, mais aussi des épices et quelques souvenirs.

C'est dans une petite rue à l'écart que se trouvait la nouvelle maison de Madame Tchang. Elle était semblable à toutes celles du village, mais elle eut l'agréable surprise de découvrir un intérieur coquet et une jolie terrasse surplombant la mer. Après tant d'années passées au rez-de-chaussée d'un building du centre de Hong Kong, elle avait oublié comme il était doux de respirer le parfum iodé de son enfance.

Karmeille, qui voulait ajouter à la magie du lieu, fit apparaître un adorable fauteuil à bascule en bois, d'un simple battement de cils. Désormais, Madame Tchang pourrait s'y bercer autant qu'il lui plairait, en contemplant la mer.

Après avoir fait ses adieux à ses petits protégés hongkongais, la K compagnie s'éclipsa le cœur léger. Kahouette avait pris soin de vider son sac à dos en reposant la sphère transparente sur la table du salon. À coup sûr, Tiloustic se régalerait de joyeuses cavalcades, à travers toute la maison, mais aussi dans les ruelles du village.

  • Salut la compagnie !
  • Papa ! s'écria Éliot, en se jetant dans les bras de son père.

Après les retrouvailles avec toute la famille, Papa sortit un T-shirt de son sac en le présentant à Éliot.

  • Oh, merci Papa. Super ! Le grand Bouddha de l'île de Lantau !

Les parents d'Éliot échangèrent un regard étonné, ne sachant pas d'où il pouvait tenir une telle information.

Quant à Éliot, il n'était pas prêt à leur révéler ses secrets. En tout cas, lui n'avait pas besoin d'avion pour voyager, sourit-il en son for intérieur...

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Carte de Hong Kong

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TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly