Chapitre 4 - Le secret d'Igor

  • Ça y est Monsieur Kakouk, me revoilà. J'ai fait vite, hein ?
  • Ah, oui alors. Record battu ! Tu es bien sûr d'avoir passé le gant partout ?
  • Non, mais pour une fois, tant pis. Allez, on continue...

Igor était un peu étrange. Un grand gars brun, mince et pâle, tout de noir vêtu, et qui boitait. Kahouette en avait des frissons ; il lui faisait une drôle d'impression, en fait. Peut-être lui faisait-il cet effet-là parce qu'il vivait le plus souvent tout seul, ne croisant jamais personne, des jours durant. À force, on doit finir par sembler bizarre aux yeux des autres, pensa-t-elle.

Après avoir écouté attentivement la K compagnie expliquer le but de sa visite, Igor demeura un moment interdit.

  • Qu'est-ce qui ne va pas camarade ? finit par lancer Died Maroz.
  • Tout va bien... tout va bien... Suivez-moi dans le bureau des secrets. Il y a longtemps que je n'y ai pas mis les pieds, mais j'ai toujours vu ce samovar entièrement vide. D'élixir, il n'y en a point.

Dans le couloir qui menait au mystérieux bureau, alors que Karmeille avait repris place sur la branche des lunettes de Kalico, elle chuchota quelque chose à son oreille. Kalico acquiesça d'un signe de la tête et chuchota à son tour à l'oreille de Kapeyo. Il acquiesça lui aussi et tous deux apparurent soudain sur leurs gardes.

Alors qu'Igor introduisait la clé dans la serrure, Karmeille papillonna des yeux à s'en retourner les paupières.

Et là, sur le pas de la porte, Kahouette et nos amis russes restèrent stupéfaits. En effet, l'élixir tant convoité leur faisait face, tout bleu, dans une fiole, elle-même placée dans un samovar transparent, qui trônait au milieu d'une petite table en bois sculpté. C'était exactement comme dans le rêve de la maman de Natacha.

Puis, sans même y réfléchir, Igor lâcha :

  • Mais, c'est impossible !

Et au même moment, il se précipita vers la fenêtre et appuya sur un bouton dissimulé derrière le rideau. Kapeyo, qui était sur ses talons, l'empoigna fermement et l'immobilisa en enserrant ses poignets derrière son dos. Alors, tous fixèrent le mur, dans un mélange de surprise et d'incompréhension. Une petite porte, jusque-là invisible, coulissa pour faire apparaître une deuxième fiole, renfermant elle aussi, le précieux liquide bleu. Sans attendre, Kalico s'empara de la deuxième fiole, qu'il plaça en lieu sûr, dans une poche spéciale de son manteau.

  • La fiole qui se trouve dans le samovar, on vous la laisse Igor, trancha Karmeille.
  • Eh oui Monsieur, notre chère coccinelle a quelques dons, poursuivit Kalico. C'est elle qui a placé cette fiole dans le samovar. Le liquide a bien l'apparence de l'élixir, mais je crains qu'on ne puisse rien soigner avec ça. Quant à la fiole que vous nous avez dévoilée, elle sera très utile à la petite Natacha.

Died Maroz se retourna vers celui qu'il avait toujours considéré comme son ami pour lui demander de s'expliquer. C'est alors qu'Igor fondit en larmes.

  • Natacha est ma fille, vous savez. Mais sa mère m'a chassé il y a bien longtemps déjà. Je n'étais ni un bon mari, ni un bon père. C'est elle seule qui s'occupait de la petite alors qu'elle était malade. Moi, j'en étais bien incapable. Je passais mon temps au bar à jouer aux cartes avec des camarades, qui ne valaient pas beaucoup mieux que moi, d'ailleurs.
  • Mais pourquoi ne pas avoir donné l'élixir, alors ? l'interrogea la Fée.
  • Cet élixir, c'est un ami qui me l'a confié, alors que nous étions déjà séparés avec Olga, ma femme. Il m'a dit qu'il me permettrait de soigner ma jambe. Je boite moi aussi vous savez ; et c'est moi qui ai transmis cette fichue maladie à ma fille, sauf que pour elle c'est plus grave. Je boite et elle ne marche pas. Aussi, je n'ai jamais utilisé l'élixir pour moi-même, pensant qu'un jour il servirait à Natacha.
  • Et qu'attendiez-vous donc pour lui donner, alors ?
  • Je voulais d'abord renouer le dialogue avec Olga. J'ai bien essayé de l'approcher à Moscou, de lui dire que j'avais changé, mais elle n'a rien voulu savoir. Elle ne voulait même pas me laisser voir la petite. Alors, je me suis dit que j'attendrais le bon moment. Je sais, c'est égoïste, mais je n'ai jamais pu me résoudre à vivre sans elles. Après notre séparation, je suis devenu gardien de cette datcha, résolument décidé à changer. J'ai choisi de vivre seul, en harmonie avec la nature, dans cette grande forêt, pour tirer un trait sur mes erreurs passées.

Karmeille comprenait mieux que personne ce que voulait dire le père de Natacha, elle qui chérissait tant Dame Nature. Igor, toujours très ému, reprit son souffle avant de poursuivre :

  • Et j'espérais qu'on se retrouve, un jour, tous les trois. Je voulais de tout mon cœur que Natacha guérisse. Je lui aurais apporté l'élixir. Mais j'ai trop tardé, et c'est vous qui êtes venus le chercher, grâce à votre courage. Je ne mérite plus de le remettre à Natacha maintenant. Portez-le-lui les enfants ; c'est à vous que revient cette mission...
  • Te voilà bien malheureux Igor maintenant, lui dit le Grand-père en posant sa main sur son épaule dans un geste de réconfort. Je regrette beaucoup que tu ne m'aies jamais parlé de toute cette histoire. On aurait pu essayer de t'aider avec Sniegourotchka. Une chose est sûre, tu aurais dû penser à Natacha avant tout. Mais il n'est pas forcément trop tard. Je parlerai à la mère de ta fille. Elle acceptera peut-être que vous vous rencontriez, et que tu revoies Natacha. Ça ne pourra pas s'arranger du jour au lendemain. Mais avec du temps, vous pourrez peut-être réapprendre à vous connaître. Ça vaut la peine d'essayer, je crois.
  • Merci mon ami. Et merci à vous tous.
  • Bon, c'est pas tout ça, reprit Kahouette, mais il nous reste de la route. Igor, nous allons devoir prendre congé. Nous espérons tous que vous réussirez à renouer contact avec votre famille. En tout cas, je crois que votre petite se prépare à vivre l'un des plus beaux jours de sa vie. Died Maroz vous racontera...

À ces mots, le regard d'Igor s'illumina, malgré la tristesse qu'on lisait toujours sur son visage.

Sans plus tarder, nos amis regagnèrent la porte d'entrée, échangèrent leurs adieux avec le maître des lieux, avant de s'élancer sur le lac gelé. Igor les regarda s'éloigner et ne rentra qu'une fois que le traîneau eut complètement disparu à l'horizon.

À bord de l'attelage, Kahouette avait une pensée lui. Elle comprenait d'où venait ce frisson, qui l'avait parcourue en rencontrant Igor. Elle avait simplement ressenti la part de désespoir qu'il cachait au fond de son coeur. Mais à bien y réfléchir, si les parents de Natacha ne s'étaient pas séparés, Igor n'aurait jamais connu cet ami, qui lui avait remis l'élixir magique. Alors finalement, le destin avait bien fait les choses, pensa-t-elle dans un élan d'optimisme.

Le retour se passa sans encombre et l'élixir bleu produisit les effets attendus. Natacha et sa maman connurent ainsi le plus beau Noël de leur vie. Et comme promis, Died Maroz réussit à convaincre la maman de Natacha d'organiser des retrouvailles.

La suite de l'histoire restait à écrire par Igor, Olga et leur fille Natacha. Il leur appartenait maintenant de reprendre en main leur avenir commun. Mais à n'en pas douter, la K compagnie en était convaincue, ces trois-là y mettraient toute leur force et tout leur amour.

  • Salut la compagnie !
  • Oh, c'est Papa qui rentre. Tu m'en raconteras d'autres des missions de la K compagnie ?
  • Bien sûr. Tu sais, avec ces petits globe-trotters, on n'a jamais fini de voyager.
  • Merci Monsieur Kakouk. Cette fois, c'est moi qui pars en mission bagarre avec Maxime et Papa. On va bien s'amuseeer, hé, hé, hé...

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly