Chapitre 3 - Au galop avec Grand-père

Peu après le goûter, la nuit était tombée et Monsieur Kakouk était donc déjà là, qui m'attendait. Ma chère petite lumière, tout là-bas au loin, allait me conter la suite des aventures de la K compagnie à Moscou.

  • Monsieur Kakouk, je suis là, je t'écoute.
  • C'est bien petit Éliot. Je vois que tu restes fidèle à notre rendez-vous quotidien. Alors, poursuivons...

Nos petits voyageurs n'étaient décidément pas au bout de leurs surprises. C'est ce qu'ils comprirent en découvrant le Goum. De centre commercial aussi élégant, jamais ils n'en avaient vu. Kalico, qui se renseignait toujours un peu avant de partir en mission, les informa que cet édifice avait été construit en 1893. Vous rendez-vous compte ? C'était il y a plus de cent ans ! Un siècle, quoi. C'était l'époque des empereurs russes, qu'on appelait les Tsars... Il y avait des petits ponts un peu partout qui reliaient les allées commerçantes, tout ça sous une grande verrière, qui ressemblait un peu à celle du Grand Palais, à Paris.

Malgré les indications de la maman de Natacha, ils eurent bien du mal à trouver le Grand-père Gel et la Fée des Neiges. Toutes les allées se ressemblaient ; ils se seraient crus dans un vrai labyrinthe. Découragée, Kahouette finit par aborder un passant, qui leur montra Died Maroz et Sniegourotchka, qui posaient justement à 10 mètres de là, avec des enfants, pour une séance photo.

  • Eh bien, c'est pas trop tôt, soupira Kapeyo, qui n'avait pas envie de passer son séjour en Russie à déambuler dans un centre commercial.
  • Allons les interroger, enchaîna Kalico, en se dirigeant vers eux d'un pas décidé.
  • Bonjour chers amis, leur lança Kahouette, qui avait toujours eu le contact facile.
  • Bonjour demoiselle, que pouvons-nous faire pour vous ? s'enquit le Grand-père.
  • Avez-vous entendu parler de cette petite Natacha qui a perdu l'usage de ses jambes, et que sa maman espère soigner grâce à un élixir ?
  • Oh oui, bien sûr, répondit la Fée. Pauvre enfant, c'est bien triste, mais nous ne connaissons pas cet élixir. Nous avons bien quelques recettes, pour préparer des remèdes contre la toux, les crampes d'estomac ou encore les maux de tête. Mais des remèdes pour soigner les jambes qui ne veulent plus marcher, ça non !
  • Et vous Grand-père Gel, ça ne vous dit rien ?
  • Absolument rien, désolé.
  • Et si on vous dit que c'est vous-même et Sniegourotchka que la maman de Natacha a vus en rêve et que vous lui avez affirmé que sa fille allait guérir ? poursuivit Kapeyo, espérant qu'ils recherchent un indice au plus profond de leur mémoire.
  • Vous savez, cette pauvre femme est si désespérée qu'elle se raccroche à n'importe quoi qui pourrait lui permettre de soigner sa fille. Ce n'est qu'un rêve après tout...
  • Oui, mais son rêve est très précis. Elle parle d'un samovar transparent avec une fiole contenant un liquide bleu, qui serait le fameux élixir.
  • Non, vraiment je ne vois pas, répondit le Grand-père.
  • Attendez un peu, poursuivit la Fée... Ce samovar transparent, ça me dit quelque chose. Souviens-toi, Died Maroz, il y en a un comme ça dans la datcha du Tsar, dans le bureau des secrets. Cette maison n'est plus guère qu'un musée perdu au milieu des bois aujourd'hui, mais il y a toujours ce gardien, tu sais, tu le connais bien.
  • Mais oui, tu as raison ! Igor ! Un brave gars ! Décidément, je perds la tête ces temps-ci. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! Allez, on vous emmène, notre attelage de rennes attend derrière le Goum. Et puis, j'en ai assez de ces photos ; ça nous fera pas de mal de nous aérer un peu. Et on ne sait jamais. Si la mère de la petite avait raison... Il faut absolument qu'on en ait le coeur net.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, notre équipe de choc se retrouvait installée dans le traîneau et le Grand-père fit partir ses rennes au grand galop. Ils rejoignirent très vite d'étroites pistes enneigées, au beau milieu d'une immense forêt. Ils finirent leur course effrénée en stoppant tout net au bord d'un lac gelé.

  • Allez la K compagnie, on chausse les patins à glace maintenant, lança le Grand-père. Vous voyez cette maison, sur l'autre rive ? C'est la datcha du Tsar. Encore un petit effort et nous y sommes.
  • Eh, Maroz ! Tu veux pas qu'on fasse une pause une minute ? Regarde, Karmeille a des stalactites au bout des cils. Je vais lui souffler un peu d'air chaud, la pauvre.
  • OK, prenez votre temps les filles. Et vous les gars, la forme ? dit-il en gratifiant Kalico et Kapeyo d'une bonne tape virile dans le dos.

Kapeyo ne bougea pas, mais Kalico éjecta son chewing-gum, sous la violence du choc. Quelle santé le Papi, pensa-t-il, en réajustant ses lunettes. Heureusement que Karmeille se trouvait dans la paume des mains de Kahouette à ce moment-là.

Une fois que les cils de Karmeille furent débarrassés des stalactites, et que Kahouette eut refait ses couettes, tous étaient prêts pour la traversée du lac gelé. Karmeille choisit la sécurité en trônant sur la tête de Kahouette, qui se débrouillait en patins à glace, comme une reine, aussi bien qu'elle le faisait en patins à roulettes. Le Grand-père et la Fée glissaient, quant à eux, tels des étoiles filantes, tandis que Kapeyo faisait plutôt penser à un éléphant en tutu. Mais malgré tout, il tenait debout. On ne pouvait pas en dire autant de Kalico, qui s'étalait de tout son long, chaque fois qu'il essayait de faire un pas. Si bien que Kapeyo le prit en pitié et lui fit poursuivre la traversée sur son dos.

Une fois l'équipe au grand complet accostée sur l'autre rive, le Grand-père actionna une chaîne qui fit résonner une grosse cloche de cuivre. La porte s'ouvrit en grinçant quelques minutes plus tard.

  • Died Maroz ! Ça par exemple ! Si je m'attendais à ta visite !
  • Mon cher Igor ! lui répondit le Grand-père en donnant l'accolade à cet inconnu, que la K compagnie découvrait au même instant.
  • Je vois que tu n'es pas venu seul. Si ce n'est Sniegourotchka, je ne crois pas avoir déjà rencontré les autres.
  • Eh bien, j'ai le plaisir de te présenter Kalico, Kapeyo, Kahouette et la toute petite Karmeille. Ils forment à eux quatre la K compagnie et sont là pour enquête. Ils nous viennent tout droit de France.
  • Ça, alors ! Bienvenue mes amis. Entrez, entrez, vous allez me raconter tout ça à l'intérieur autour d'une bonne tasse de thé.
  • Bonsoir les enfants !
  • Oh, c'est Maman qui rentre du travail. Monsieur Kakouk, je vais prendre ma douche en vitesse et je te rejoins pour la suite. En plus, on sera bien tranquille après, pendant que Maman donne son bain à Maxime.
  • Ça marche ! À tout à l'heure, Éliot.

Je me jetai dans les bras de Maman pour un câlin. J'étais accroché comme un singe à son arbre pendant qu'elle remerciait notre baby-sitter :

  • À demain Amandine.
  • À demain Madame ! À demain les enfants !
  • À demainnnn... lançai-je en choeur avec Lisa, avant de reposer ma tête dans le cou encore légèrement parfumé de Maman.

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly