Chapitre 2 - De bien maigres indices

  • Bonsoir Éliot. Prêt pour la suite de l'histoire ?
  • Toujours prêt Monsieur Kakouk. Je t'écoute...

À minuit, les membres de la K compagnie avaient rendez-vous dans le parc des Buttes Chaumont, à Paris. C'était leur point de ralliement, chaque fois qu'ils partaient en mission.

Et comme à chaque fois, tous étaient pile à l'heure. Ils étaient toujours si impatients de partir en mission... Cette fois, ils étaient équipés pour affronter le grand froid, montre au poignet réglée sur l'heure russe et parés de leur bouteille à propulsion, dissimulée sous le manteau. Karmeille, quant à elle, n'avait pas besoin de bouteille. Elle avait pris l'habitude de voyager, confortablement installée, sur une branche des lunettes de Kalico. Elle était tout de même harnachée dans un petit filet, tissé par son amie l'araignée, et garni de coton. Sans cela, elle aurait risqué de se faire emporter par les vents, parfois violents, qu'ils pouvaient rencontrer en chemin.

Kahouette n'avait pu s'empêcher de fixer quatre roulettes sous chacune de ses bottes.

  • Eh oui, Kahouette sans ses roulettes, ce ne serait plus Kahouette... la moqua Kapeyo.
  • C'est facile pour toi avec tes grandes pattes. Comment pourrais-je te suivre sans ça, grand malin ? rétorqua-t-elle en faisant trois tours sur elle-même.
  • Allez, je blague. Tout le monde est prêt pour le décollage ?
  • Non attend, coupa Kalico. Il faut que je réajuste l'itinéraire. Ma montre indique une tornade à Prague. Il va falloir qu'on passe plus au nord, par Berlin.
  • OK Chef, alors c'est toi qui donnes le top départ quand tu seras prêt.
  • J'y suis presque... C'est bon. Allez, quatre, trois, deux, un, décollage !

Et la fine équipe s'envola en un éclair, survola l'Europe à 25 kilomètres au-dessus du sol, et atterrit dans la banlieue de Moscou 15 minutes plus tard.

Ils avaient tout le temps de gagner le centre-ville à pied d'ici le lever du jour. De toute façon, ils ne pouvaient pas appeler la maman de Natacha en pleine nuit. Mais vu la longue marche qui les attendait, Kahouette ne regrettait décidément pas ses petites roulettes.

Au lever du soleil, ils entrèrent sur la Place Rouge. Tous s'immobilisèrent, tant c'était beau. Kahouette ouvrait des yeux si grands, qu'elle semblait encore plus étonnée que d'habitude.

  • C'est incroyable ! C'est plus beau qu'une pièce montée de mariage. Et avec des couleurs en plus ! Et comme c'est grand, posé là en pleine ville. Jamais on n'a inventé plus belle basilique ! Même celle de Montmartre, que j'aime tant, en devient timide. Et regardez cette esplanade, immense, le paradis du patin à roulettes.

Kahouette était heureuse comme jamais. Elle allait et venait d'un bout à l'autre de la Place Rouge en improvisant des figures qui faisaient l'admiration des passants.

Vers 10 heures du matin, alors que l'équipe profitait encore des splendeurs de la Place Rouge, Karmeille décida qu'il était temps d'appeler la maman de Natacha. C'est donc ce qu'elle fit avec son tout petit téléphone portable.

Puis, l'adresse en poche, elle rassembla ses complices et ils se dirigèrent vers la bouche de métro la plus proche. L'appartement où vivaient Natacha et sa maman ne se trouvait qu'à deux stations d'ici.

Les amis restèrent aussi très impressionnés par la beauté du métro moscovite, aux murs de marbre et aux lustres superbes. Après les merveilles qu'ils avaient découvertes, ils trouvèrent l'immeuble de Natacha nettement moins sympathique. C'était un grand bâtiment triste et sévère, comme on en trouve beaucoup à Moscou.

Kalico pénétra le premier dans le hall d'entrée, Karmeille toujours accrochée à sa branche de lunettes. Kahouette et Kapeyo suivaient juste derrière. Natacha habitait au troisième étage et c'est sa maman qui ouvrit la porte, la petite ne pouvant pas quitter son lit. Elle les accueillit avec une joie non dissimulée et s'empressa de les mener à la chambre de sa fille, après leur avoir rapidement serré la main.

Dans sa hâte, elle n'avait même pas remarqué le quatrième membre de l'équipe, juché sur la branche de lunettes de Kalico. Karmeille avait l'habitude, si bien qu'elle ne se formalisait plus.

En découvrant Natacha, ils eurent tous l'impression de faire connaissance avec la Belle au Bois Dormant. Elle avait l'air tellement calme avec sa longue chevelure blonde et ses yeux si bleus. Elle leur sourit et elle avait tellement l'habitude d'observer, elle qui ne pouvait plus se servir de ses jambes, qu'elle remarqua aussitôt Karmeille.

  • Maman, tu ne m'avais pas dit que tu avais fait appel à une coccinelle pour trouver l'élixir ?
  • Une coccinelle, mais que dis-tu ? Je ne vois que trois charmants enfants ici...
  • Hé M'dame ! Je sais que je suis pas bien grande, mais je suis pas transparente tout de même !
  • Mon Dieu ! lâcha la mère de Natacha en portant sa main à la bouche. Mais je reconnais votre voix, c'est vous qui m'avez parlé au téléphone. Comment aurais-je pu imaginer que vous soyez une coccinelle ? Je n'en ai jamais rencontré, moi, des coccinelles qui parlent !
  • Oh je vous rassure, on n'est pas toute une colonie ! Je suis la seule coccinelle ici. Mais vous avez bien cru à votre rêve d'élixir, alors une coccinelle qui parle, après tout, ça ne devrait pas vous étonner plus que ça.
  • Vous avez raison. Alors comme ça, vous regardez la télévision russe depuis Paris ?
  • Oui, j'aime bien savoir ce qui se passe dans le monde.
  • Tant mieux, tant mieux... Parce qu'à part le vôtre, je n'ai reçu aucun coup de fil depuis l'émission.
  • Vous savez Madame, nous sommes des spécialistes des missions difficiles, ajouta Kalico. K compagnie, pour vous servir. Maintenant, racontez-nous un peu ce rêve mystérieux et n'oubliez aucun détail, parce que pour le moment, nous n'avons aucun indice.
  • Eh bien écoutez, je n'en ai pas beaucoup non plus, en fait. J'ai d'abord vu Died Maroz et Sniegourotchka. En fait, c'est comme le père Noël pour vous ; chez nous, c'est Grand-père Gel (Died Maroz) et la Fée des Neiges (Sniegourotchka). Ils me disaient tous les deux, tour à tour, « Natacha va guérir... Natacha va guérir... ». Puis, ils me montraient un grand samovar transparent qui renfermait une fiole avec un liquide tout bleu.
  • Excusez-moi, Madame, dit Kahouette, pour le Maroz et la Gourotchka j'ai compris, mais le samovar, c'est quoi ?
  • Ah oui, c'est l'appareil que nous utilisons chez nous pour faire le thé. J'en ai un au salon. Je vous le montrerai avant de partir.
  • C'est bien maigre tout ça, reprit Kalico. Ils habitent où le Grand-père Gel et la Fée des Neiges ? Il faudrait peut-être qu'on commence par les interroger ?
  • Oui, je pense que c'est la première chose à faire en effet. En ce moment, vous pourrez les trouver au Goum, vous savez, ce grand centre commercial qui borde la Place Rouge.
  • Chouette ! dit Kahouette. Alors, on y retourne.
  • Bonne chance à tous et merci encore de votre aide.
  • Spaciba ! renchérit Natacha.

Ce merci russe, qui venait du plus profond du coeur de la petite fille, remplit nos amis d'énergie. Ils repartirent bien décidés à tout faire pour redonner à Natacha l'usage de ses jambes.

  • Éliot ! À la douche ! C'est à ton tour ! hurla Lisa en sortant de la salle de bain.

Eh oui, cette fois, j'avais retrouvé Monsieur Kakouk plus tôt que la veille, trop pressé de découvrir la suite des aventures de la K compagnie. Je me dirigeais maintenant vers la salle de bain en traînant les pieds, avec une seule hâte ; celle d'être au lendemain soir.

Enfants / Des histoires pour rêver / Les aventures de Monsieur Kakouk – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly