Chapitre 1 - L'appel au secours d'une maman

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Comme souvent, quand j'avais un moment pour jouer avant le dîner, je me postais derrière la baie vitrée du salon pour regarder au loin ces 4 petites lumières, qui n'étaient autres que Monsieur Kakouk et sa famille, et que j'avais appris à connaître peu à peu, soir après soir. Je restais ainsi, immobile, et au bout de quelques minutes, Monsieur Kakouk me parlait. J'ignorais encore quelle aventure il allait me faire vivre lorsqu'il s'adressa à moi, ce soir de décembre.

  • Bonjour Éliot, tu as l'air bien songeur. Je vois que tu as joliment décoré le sapin. Mais as-tu fait ta lettre au père Noël ?
  • Je voudrais bien un chien, mais mes parents veulent pas. Alors pour le moment, j'ai pas d'autre idée.
  • Et si je te racontais une belle histoire, qui se passerait au pays de la neige et du froid ?
  • Oh oui, Monsieur Kakouk ! Tu sais que j'adore tes histoires.
  • Alors, allons-y...

Une petite coccinelle, prénommée Karmeille, se balançait dans un fauteuil sculpté dans une coque de noisette en regardant son tout petit poste de télévision. Elle avait des cils aussi longs que ses ailes, et toujours un large sourire qui lui mangeait le visage. Et surtout, elle était magicienne.

Ce soir-là, alors qu'elle regardait les informations sur une chaîne russe, elle entendit une drôle de nouvelle. Une petite fille de 5 ans, prénommée Natacha, était atteinte d'une maladie rare qui l'empêchait de marcher. Sa maman disait avoir fait un rêve. Et dans ce rêve, elle avait vu l'élixir qui pourrait sauver sa fille. Il existait, quelque part, elle en était sûre, mais elle ne savait pas où. Alors, elle lançait un appel désespéré à la télévision, pensant que peut-être, quelqu'un l'entendrait et pourrait l'aider. Mais elle n'était pas vraiment prise au sérieux ; les gens pensaient que les rêves ne disent jamais la vérité.

Karmeille, elle, qui croyait aux forces magiques, avait tout de suite pensé que si cette maman avait fait ce rêve, le fameux élixir existait sûrement.

Elle prit immédiatement son tout petit téléphone, et appela un à un ses amis de la K compagnie pour leur proposer de se retrouver dès le lendemain au petit déjeuner pour discuter de cette affaire au plus vite.

C'est Kalico qui arriva le premier, les bras chargés de croissants : trois de taille normale et un tout petit pour Karmeille, qui aurait risqué de s'étouffer autrement.

Karmeille vola jusqu'au visage de Kalico et se posa sur une branche de ses lunettes. Kalico était un peu le cerveau de la K compagnie. Il n'était jamais à court d'idées et comprenait toujours très vite ce qui se passait autour de lui. Par contre, il donnait toujours l'impression de s'être coiffé avec un clou, tant il avait les cheveux en pétard.

Puis, ce fut au tour de Kapeyo et Kahouette de rejoindre la fine équipe. Kapeyo était un grand gars costaud, sans un poil sur le caillou, contrairement à son complice, Kalico. Il avait l'air un peu gauche, mais il était très calme et réfléchi au fond, comme le sont souvent les sportifs.

Quant à Kahouette, c'était un petit brin de fille potelée, douce et drôle, et qui ne sortait jamais sans ses couettes et sans ses patins à roulettes. Elle avait aussi de grands yeux étonnés et un joli minois.

  • Alors Karmeille, dis-nous tout, commença Kapeyo.
  • J'ai regardé la télévision russe hier soir, vous savez que j'aime bien faire le tour du monde derrière mon poste de télé.
  • Sacrée Karmeille, tu ne changeras pas, lança Kahouette.
  • Il y a une petite fille, là-bas à Moscou, qui ne peut plus marcher. Elle est très malade et sa maman dit qu'il existe un élixir qui pourrait la guérir, mais elle ne sait pas où le trouver.
  • Et tu t'imagines qu'on va être capables de retrouver cet élixir, je suppose ? demanda Kalico.
  • On peut au moins essayer. J'ai noté le numéro de téléphone de la maman. Elle pourra certainement nous en dire plus que ce qu'elle a déjà raconté à la télé. Et voici une chapka, des chaussures de neige et un bon manteau pour chacun, dit-elle tout en papillonnant des cils.

Et en effet, quatre équipements complets apparurent sous les yeux de nos petits enquêteurs. Il ne leur restait plus qu'à régler leurs montres sur l'heure russe. Ces montres de voyage étaient équipées d'une fonction spéciale qui leur permettait de comprendre instantanément la langue du pays où ils se trouvaient, mais aussi de la parler en ayant l'impression de s'exprimer dans leur langue maternelle. Sans cela, la K compagnie n'aurait jamais pu accomplir toutes ses missions à travers le monde.

Et puis, ils avaient aussi leurs bouteilles à propulsion, qu'ils portaient comme un sac à dos. Ça ressemblait aux bouteilles que les plongeurs utilisent pour pouvoir respirer sous l'eau, mais au lieu de ça, ça permettait de voler. Grâce à ces bouteilles à propulsion, la K compagnie pouvait se rendre à destination aussi vite qu'une fusée. Par contre, il ne s'agissait pas de voler avant le coucher du soleil, au risque d'alerter les forces de Police. On les aurait certainement pris pour des extra-terrestres et peut-être même enfermés, dans ce monde qui ne croit pas aux forces magiques. Alors, il fallait rester discret.

Nos complices n'étaient pas contre un voyage à Moscou. En vérité, ils étaient toujours partants pour vivre de nouvelles aventures. Et puis, on ne pouvait rien refuser à Karmeille lorsqu'elle faisait papillonner ses yeux de biche...

Mais ne vous y trompez pas, ce n'est pas parce qu'elle était magicienne que tout était facile pour nos amis. En fait, elle disait que la magie devait être le dernier recours, quand toutes les autres possibilités ont été épuisées. Alors, il ne suffisait pas d'appeler Karmeille à la rescousse dès qu'un problème se présentait. Heureusement, nos enquêteurs se montraient pleins de ressources, même dans les situations les plus difficiles. Grâce à leur intelligence, leur humour, leur force et bien d'autres qualités encore, ils arrivaient à accomplir les plus belles missions, parce qu'ils étaient unis et qu'à plusieurs on peut faire de grandes choses. Eh oui, en additionnant tout ce que chacun est capable de faire, c'est bien plus facile pour trouver des solutions !

C'est ainsi que la K compagnie entreprit de voler au secours d'une petite fille, au pays du froid, à 2500 kilomètres de Paris.

  • Lisa ! Éliot ! Maxime ! Allez, tout le monde à table !
  • Va, petit Éliot. On t'attend pour dîner. On se retrouve demain pour la suite de l'histoire ?
  • Oh oui, j'ai hâte de connaître la suite ! À demain, Monsieur Kakouk.
  • À demain, petit.

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Chapitre 2 - De bien maigres indices

  • Bonsoir Éliot. Prêt pour la suite de l'histoire ?
  • Toujours prêt Monsieur Kakouk. Je t'écoute...

À minuit, les membres de la K compagnie avaient rendez-vous dans le parc des Buttes Chaumont, à Paris. C'était leur point de ralliement, chaque fois qu'ils partaient en mission.

Et comme à chaque fois, tous étaient pile à l'heure. Ils étaient toujours si impatients de partir en mission... Cette fois, ils étaient équipés pour affronter le grand froid, montre au poignet réglée sur l'heure russe et parés de leur bouteille à propulsion, dissimulée sous le manteau. Karmeille, quant à elle, n'avait pas besoin de bouteille. Elle avait pris l'habitude de voyager, confortablement installée, sur une branche des lunettes de Kalico. Elle était tout de même harnachée dans un petit filet, tissé par son amie l'araignée, et garni de coton. Sans cela, elle aurait risqué de se faire emporter par les vents, parfois violents, qu'ils pouvaient rencontrer en chemin.

Kahouette n'avait pu s'empêcher de fixer quatre roulettes sous chacune de ses bottes.

  • Eh oui, Kahouette sans ses roulettes, ce ne serait plus Kahouette... la moqua Kapeyo.
  • C'est facile pour toi avec tes grandes pattes. Comment pourrais-je te suivre sans ça, grand malin ? rétorqua-t-elle en faisant trois tours sur elle-même.
  • Allez, je blague. Tout le monde est prêt pour le décollage ?
  • Non attend, coupa Kalico. Il faut que je réajuste l'itinéraire. Ma montre indique une tornade à Prague. Il va falloir qu'on passe plus au nord, par Berlin.
  • OK Chef, alors c'est toi qui donnes le top départ quand tu seras prêt.
  • J'y suis presque... C'est bon. Allez, quatre, trois, deux, un, décollage !

Et la fine équipe s'envola en un éclair, survola l'Europe à 25 kilomètres au-dessus du sol, et atterrit dans la banlieue de Moscou 15 minutes plus tard.

Ils avaient tout le temps de gagner le centre-ville à pied d'ici le lever du jour. De toute façon, ils ne pouvaient pas appeler la maman de Natacha en pleine nuit. Mais vu la longue marche qui les attendait, Kahouette ne regrettait décidément pas ses petites roulettes.

Au lever du soleil, ils entrèrent sur la Place Rouge. Tous s'immobilisèrent, tant c'était beau. Kahouette ouvrait des yeux si grands, qu'elle semblait encore plus étonnée que d'habitude.

  • C'est incroyable ! C'est plus beau qu'une pièce montée de mariage. Et avec des couleurs en plus ! Et comme c'est grand, posé là en pleine ville. Jamais on n'a inventé plus belle basilique ! Même celle de Montmartre, que j'aime tant, en devient timide. Et regardez cette esplanade, immense, le paradis du patin à roulettes.

Kahouette était heureuse comme jamais. Elle allait et venait d'un bout à l'autre de la Place Rouge en improvisant des figures qui faisaient l'admiration des passants.

Vers 10 heures du matin, alors que l'équipe profitait encore des splendeurs de la Place Rouge, Karmeille décida qu'il était temps d'appeler la maman de Natacha. C'est donc ce qu'elle fit avec son tout petit téléphone portable.

Puis, l'adresse en poche, elle rassembla ses complices et ils se dirigèrent vers la bouche de métro la plus proche. L'appartement où vivaient Natacha et sa maman ne se trouvait qu'à deux stations d'ici.

Les amis restèrent aussi très impressionnés par la beauté du métro moscovite, aux murs de marbre et aux lustres superbes. Après les merveilles qu'ils avaient découvertes, ils trouvèrent l'immeuble de Natacha nettement moins sympathique. C'était un grand bâtiment triste et sévère, comme on en trouve beaucoup à Moscou.

Kalico pénétra le premier dans le hall d'entrée, Karmeille toujours accrochée à sa branche de lunettes. Kahouette et Kapeyo suivaient juste derrière. Natacha habitait au troisième étage et c'est sa maman qui ouvrit la porte, la petite ne pouvant pas quitter son lit. Elle les accueillit avec une joie non dissimulée et s'empressa de les mener à la chambre de sa fille, après leur avoir rapidement serré la main.

Dans sa hâte, elle n'avait même pas remarqué le quatrième membre de l'équipe, juché sur la branche de lunettes de Kalico. Karmeille avait l'habitude, si bien qu'elle ne se formalisait plus.

En découvrant Natacha, ils eurent tous l'impression de faire connaissance avec la Belle au Bois Dormant. Elle avait l'air tellement calme avec sa longue chevelure blonde et ses yeux si bleus. Elle leur sourit et elle avait tellement l'habitude d'observer, elle qui ne pouvait plus se servir de ses jambes, qu'elle remarqua aussitôt Karmeille.

  • Maman, tu ne m'avais pas dit que tu avais fait appel à une coccinelle pour trouver l'élixir ?
  • Une coccinelle, mais que dis-tu ? Je ne vois que trois charmants enfants ici...
  • Hé M'dame ! Je sais que je suis pas bien grande, mais je suis pas transparente tout de même !
  • Mon Dieu ! lâcha la mère de Natacha en portant sa main à la bouche. Mais je reconnais votre voix, c'est vous qui m'avez parlé au téléphone. Comment aurais-je pu imaginer que vous soyez une coccinelle ? Je n'en ai jamais rencontré, moi, des coccinelles qui parlent !
  • Oh je vous rassure, on n'est pas toute une colonie ! Je suis la seule coccinelle ici. Mais vous avez bien cru à votre rêve d'élixir, alors une coccinelle qui parle, après tout, ça ne devrait pas vous étonner plus que ça.
  • Vous avez raison. Alors comme ça, vous regardez la télévision russe depuis Paris ?
  • Oui, j'aime bien savoir ce qui se passe dans le monde.
  • Tant mieux, tant mieux... Parce qu'à part le vôtre, je n'ai reçu aucun coup de fil depuis l'émission.
  • Vous savez Madame, nous sommes des spécialistes des missions difficiles, ajouta Kalico. K compagnie, pour vous servir. Maintenant, racontez-nous un peu ce rêve mystérieux et n'oubliez aucun détail, parce que pour le moment, nous n'avons aucun indice.
  • Eh bien écoutez, je n'en ai pas beaucoup non plus, en fait. J'ai d'abord vu Died Maroz et Sniegourotchka. En fait, c'est comme le père Noël pour vous ; chez nous, c'est Grand-père Gel (Died Maroz) et la Fée des Neiges (Sniegourotchka). Ils me disaient tous les deux, tour à tour, « Natacha va guérir... Natacha va guérir... ». Puis, ils me montraient un grand samovar transparent qui renfermait une fiole avec un liquide tout bleu.
  • Excusez-moi, Madame, dit Kahouette, pour le Maroz et la Gourotchka j'ai compris, mais le samovar, c'est quoi ?
  • Ah oui, c'est l'appareil que nous utilisons chez nous pour faire le thé. J'en ai un au salon. Je vous le montrerai avant de partir.
  • C'est bien maigre tout ça, reprit Kalico. Ils habitent où le Grand-père Gel et la Fée des Neiges ? Il faudrait peut-être qu'on commence par les interroger ?
  • Oui, je pense que c'est la première chose à faire en effet. En ce moment, vous pourrez les trouver au Goum, vous savez, ce grand centre commercial qui borde la Place Rouge.
  • Chouette ! dit Kahouette. Alors, on y retourne.
  • Bonne chance à tous et merci encore de votre aide.
  • Spaciba ! renchérit Natacha.

Ce merci russe, qui venait du plus profond du coeur de la petite fille, remplit nos amis d'énergie. Ils repartirent bien décidés à tout faire pour redonner à Natacha l'usage de ses jambes.

  • Éliot ! À la douche ! C'est à ton tour ! hurla Lisa en sortant de la salle de bain.

Eh oui, cette fois, j'avais retrouvé Monsieur Kakouk plus tôt que la veille, trop pressé de découvrir la suite des aventures de la K compagnie. Je me dirigeais maintenant vers la salle de bain en traînant les pieds, avec une seule hâte ; celle d'être au lendemain soir.

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Chapitre 3 - Au galop avec Grand-père

Peu après le goûter, la nuit était tombée et Monsieur Kakouk était donc déjà là, qui m'attendait. Ma chère petite lumière, tout là-bas au loin, allait me conter la suite des aventures de la K compagnie à Moscou.

  • Monsieur Kakouk, je suis là, je t'écoute.
  • C'est bien petit Éliot. Je vois que tu restes fidèle à notre rendez-vous quotidien. Alors, poursuivons...

Nos petits voyageurs n'étaient décidément pas au bout de leurs surprises. C'est ce qu'ils comprirent en découvrant le Goum. De centre commercial aussi élégant, jamais ils n'en avaient vu. Kalico, qui se renseignait toujours un peu avant de partir en mission, les informa que cet édifice avait été construit en 1893. Vous rendez-vous compte ? C'était il y a plus de cent ans ! Un siècle, quoi. C'était l'époque des empereurs russes, qu'on appelait les Tsars... Il y avait des petits ponts un peu partout qui reliaient les allées commerçantes, tout ça sous une grande verrière, qui ressemblait un peu à celle du Grand Palais, à Paris.

Malgré les indications de la maman de Natacha, ils eurent bien du mal à trouver le Grand-père Gel et la Fée des Neiges. Toutes les allées se ressemblaient ; ils se seraient crus dans un vrai labyrinthe. Découragée, Kahouette finit par aborder un passant, qui leur montra Died Maroz et Sniegourotchka, qui posaient justement à 10 mètres de là, avec des enfants, pour une séance photo.

  • Eh bien, c'est pas trop tôt, soupira Kapeyo, qui n'avait pas envie de passer son séjour en Russie à déambuler dans un centre commercial.
  • Allons les interroger, enchaîna Kalico, en se dirigeant vers eux d'un pas décidé.
  • Bonjour chers amis, leur lança Kahouette, qui avait toujours eu le contact facile.
  • Bonjour demoiselle, que pouvons-nous faire pour vous ? s'enquit le Grand-père.
  • Avez-vous entendu parler de cette petite Natacha qui a perdu l'usage de ses jambes, et que sa maman espère soigner grâce à un élixir ?
  • Oh oui, bien sûr, répondit la Fée. Pauvre enfant, c'est bien triste, mais nous ne connaissons pas cet élixir. Nous avons bien quelques recettes, pour préparer des remèdes contre la toux, les crampes d'estomac ou encore les maux de tête. Mais des remèdes pour soigner les jambes qui ne veulent plus marcher, ça non !
  • Et vous Grand-père Gel, ça ne vous dit rien ?
  • Absolument rien, désolé.
  • Et si on vous dit que c'est vous-même et Sniegourotchka que la maman de Natacha a vus en rêve et que vous lui avez affirmé que sa fille allait guérir ? poursuivit Kapeyo, espérant qu'ils recherchent un indice au plus profond de leur mémoire.
  • Vous savez, cette pauvre femme est si désespérée qu'elle se raccroche à n'importe quoi qui pourrait lui permettre de soigner sa fille. Ce n'est qu'un rêve après tout...
  • Oui, mais son rêve est très précis. Elle parle d'un samovar transparent avec une fiole contenant un liquide bleu, qui serait le fameux élixir.
  • Non, vraiment je ne vois pas, répondit le Grand-père.
  • Attendez un peu, poursuivit la Fée... Ce samovar transparent, ça me dit quelque chose. Souviens-toi, Died Maroz, il y en a un comme ça dans la datcha du Tsar, dans le bureau des secrets. Cette maison n'est plus guère qu'un musée perdu au milieu des bois aujourd'hui, mais il y a toujours ce gardien, tu sais, tu le connais bien.
  • Mais oui, tu as raison ! Igor ! Un brave gars ! Décidément, je perds la tête ces temps-ci. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! Allez, on vous emmène, notre attelage de rennes attend derrière le Goum. Et puis, j'en ai assez de ces photos ; ça nous fera pas de mal de nous aérer un peu. Et on ne sait jamais. Si la mère de la petite avait raison... Il faut absolument qu'on en ait le coeur net.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, notre équipe de choc se retrouvait installée dans le traîneau et le Grand-père fit partir ses rennes au grand galop. Ils rejoignirent très vite d'étroites pistes enneigées, au beau milieu d'une immense forêt. Ils finirent leur course effrénée en stoppant tout net au bord d'un lac gelé.

  • Allez la K compagnie, on chausse les patins à glace maintenant, lança le Grand-père. Vous voyez cette maison, sur l'autre rive ? C'est la datcha du Tsar. Encore un petit effort et nous y sommes.
  • Eh, Maroz ! Tu veux pas qu'on fasse une pause une minute ? Regarde, Karmeille a des stalactites au bout des cils. Je vais lui souffler un peu d'air chaud, la pauvre.
  • OK, prenez votre temps les filles. Et vous les gars, la forme ? dit-il en gratifiant Kalico et Kapeyo d'une bonne tape virile dans le dos.

Kapeyo ne bougea pas, mais Kalico éjecta son chewing-gum, sous la violence du choc. Quelle santé le Papi, pensa-t-il, en réajustant ses lunettes. Heureusement que Karmeille se trouvait dans la paume des mains de Kahouette à ce moment-là.

Une fois que les cils de Karmeille furent débarrassés des stalactites, et que Kahouette eut refait ses couettes, tous étaient prêts pour la traversée du lac gelé. Karmeille choisit la sécurité en trônant sur la tête de Kahouette, qui se débrouillait en patins à glace, comme une reine, aussi bien qu'elle le faisait en patins à roulettes. Le Grand-père et la Fée glissaient, quant à eux, tels des étoiles filantes, tandis que Kapeyo faisait plutôt penser à un éléphant en tutu. Mais malgré tout, il tenait debout. On ne pouvait pas en dire autant de Kalico, qui s'étalait de tout son long, chaque fois qu'il essayait de faire un pas. Si bien que Kapeyo le prit en pitié et lui fit poursuivre la traversée sur son dos.

Une fois l'équipe au grand complet accostée sur l'autre rive, le Grand-père actionna une chaîne qui fit résonner une grosse cloche de cuivre. La porte s'ouvrit en grinçant quelques minutes plus tard.

  • Died Maroz ! Ça par exemple ! Si je m'attendais à ta visite !
  • Mon cher Igor ! lui répondit le Grand-père en donnant l'accolade à cet inconnu, que la K compagnie découvrait au même instant.
  • Je vois que tu n'es pas venu seul. Si ce n'est Sniegourotchka, je ne crois pas avoir déjà rencontré les autres.
  • Eh bien, j'ai le plaisir de te présenter Kalico, Kapeyo, Kahouette et la toute petite Karmeille. Ils forment à eux quatre la K compagnie et sont là pour enquête. Ils nous viennent tout droit de France.
  • Ça, alors ! Bienvenue mes amis. Entrez, entrez, vous allez me raconter tout ça à l'intérieur autour d'une bonne tasse de thé.
  • Bonsoir les enfants !
  • Oh, c'est Maman qui rentre du travail. Monsieur Kakouk, je vais prendre ma douche en vitesse et je te rejoins pour la suite. En plus, on sera bien tranquille après, pendant que Maman donne son bain à Maxime.
  • Ça marche ! À tout à l'heure, Éliot.

Je me jetai dans les bras de Maman pour un câlin. J'étais accroché comme un singe à son arbre pendant qu'elle remerciait notre baby-sitter :

  • À demain Amandine.
  • À demain Madame ! À demain les enfants !
  • À demainnnn... lançai-je en choeur avec Lisa, avant de reposer ma tête dans le cou encore légèrement parfumé de Maman.

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Chapitre 4 - Le secret d'Igor

  • Ça y est Monsieur Kakouk, me revoilà. J'ai fait vite, hein ?
  • Ah, oui alors. Record battu ! Tu es bien sûr d'avoir passé le gant partout ?
  • Non, mais pour une fois, tant pis. Allez, on continue...

Igor était un peu étrange. Un grand gars brun, mince et pâle, tout de noir vêtu, et qui boitait. Kahouette en avait des frissons ; il lui faisait une drôle d'impression, en fait. Peut-être lui faisait-il cet effet-là parce qu'il vivait le plus souvent tout seul, ne croisant jamais personne, des jours durant. À force, on doit finir par sembler bizarre aux yeux des autres, pensa-t-elle.

Après avoir écouté attentivement la K compagnie expliquer le but de sa visite, Igor demeura un moment interdit.

  • Qu'est-ce qui ne va pas camarade ? finit par lancer Died Maroz.
  • Tout va bien... tout va bien... Suivez-moi dans le bureau des secrets. Il y a longtemps que je n'y ai pas mis les pieds, mais j'ai toujours vu ce samovar entièrement vide. D'élixir, il n'y en a point.

Dans le couloir qui menait au mystérieux bureau, alors que Karmeille avait repris place sur la branche des lunettes de Kalico, elle chuchota quelque chose à son oreille. Kalico acquiesça d'un signe de la tête et chuchota à son tour à l'oreille de Kapeyo. Il acquiesça lui aussi et tous deux apparurent soudain sur leurs gardes.

Alors qu'Igor introduisait la clé dans la serrure, Karmeille papillonna des yeux à s'en retourner les paupières.

Et là, sur le pas de la porte, Kahouette et nos amis russes restèrent stupéfaits. En effet, l'élixir tant convoité leur faisait face, tout bleu, dans une fiole, elle-même placée dans un samovar transparent, qui trônait au milieu d'une petite table en bois sculpté. C'était exactement comme dans le rêve de la maman de Natacha.

Puis, sans même y réfléchir, Igor lâcha :

  • Mais, c'est impossible !

Et au même moment, il se précipita vers la fenêtre et appuya sur un bouton dissimulé derrière le rideau. Kapeyo, qui était sur ses talons, l'empoigna fermement et l'immobilisa en enserrant ses poignets derrière son dos. Alors, tous fixèrent le mur, dans un mélange de surprise et d'incompréhension. Une petite porte, jusque-là invisible, coulissa pour faire apparaître une deuxième fiole, renfermant elle aussi, le précieux liquide bleu. Sans attendre, Kalico s'empara de la deuxième fiole, qu'il plaça en lieu sûr, dans une poche spéciale de son manteau.

  • La fiole qui se trouve dans le samovar, on vous la laisse Igor, trancha Karmeille.
  • Eh oui Monsieur, notre chère coccinelle a quelques dons, poursuivit Kalico. C'est elle qui a placé cette fiole dans le samovar. Le liquide a bien l'apparence de l'élixir, mais je crains qu'on ne puisse rien soigner avec ça. Quant à la fiole que vous nous avez dévoilée, elle sera très utile à la petite Natacha.

Died Maroz se retourna vers celui qu'il avait toujours considéré comme son ami pour lui demander de s'expliquer. C'est alors qu'Igor fondit en larmes.

  • Natacha est ma fille, vous savez. Mais sa mère m'a chassé il y a bien longtemps déjà. Je n'étais ni un bon mari, ni un bon père. C'est elle seule qui s'occupait de la petite alors qu'elle était malade. Moi, j'en étais bien incapable. Je passais mon temps au bar à jouer aux cartes avec des camarades, qui ne valaient pas beaucoup mieux que moi, d'ailleurs.
  • Mais pourquoi ne pas avoir donné l'élixir, alors ? l'interrogea la Fée.
  • Cet élixir, c'est un ami qui me l'a confié, alors que nous étions déjà séparés avec Olga, ma femme. Il m'a dit qu'il me permettrait de soigner ma jambe. Je boite moi aussi vous savez ; et c'est moi qui ai transmis cette fichue maladie à ma fille, sauf que pour elle c'est plus grave. Je boite et elle ne marche pas. Aussi, je n'ai jamais utilisé l'élixir pour moi-même, pensant qu'un jour il servirait à Natacha.
  • Et qu'attendiez-vous donc pour lui donner, alors ?
  • Je voulais d'abord renouer le dialogue avec Olga. J'ai bien essayé de l'approcher à Moscou, de lui dire que j'avais changé, mais elle n'a rien voulu savoir. Elle ne voulait même pas me laisser voir la petite. Alors, je me suis dit que j'attendrais le bon moment. Je sais, c'est égoïste, mais je n'ai jamais pu me résoudre à vivre sans elles. Après notre séparation, je suis devenu gardien de cette datcha, résolument décidé à changer. J'ai choisi de vivre seul, en harmonie avec la nature, dans cette grande forêt, pour tirer un trait sur mes erreurs passées.

Karmeille comprenait mieux que personne ce que voulait dire le père de Natacha, elle qui chérissait tant Dame Nature. Igor, toujours très ému, reprit son souffle avant de poursuivre :

  • Et j'espérais qu'on se retrouve, un jour, tous les trois. Je voulais de tout mon cœur que Natacha guérisse. Je lui aurais apporté l'élixir. Mais j'ai trop tardé, et c'est vous qui êtes venus le chercher, grâce à votre courage. Je ne mérite plus de le remettre à Natacha maintenant. Portez-le-lui les enfants ; c'est à vous que revient cette mission...
  • Te voilà bien malheureux Igor maintenant, lui dit le Grand-père en posant sa main sur son épaule dans un geste de réconfort. Je regrette beaucoup que tu ne m'aies jamais parlé de toute cette histoire. On aurait pu essayer de t'aider avec Sniegourotchka. Une chose est sûre, tu aurais dû penser à Natacha avant tout. Mais il n'est pas forcément trop tard. Je parlerai à la mère de ta fille. Elle acceptera peut-être que vous vous rencontriez, et que tu revoies Natacha. Ça ne pourra pas s'arranger du jour au lendemain. Mais avec du temps, vous pourrez peut-être réapprendre à vous connaître. Ça vaut la peine d'essayer, je crois.
  • Merci mon ami. Et merci à vous tous.
  • Bon, c'est pas tout ça, reprit Kahouette, mais il nous reste de la route. Igor, nous allons devoir prendre congé. Nous espérons tous que vous réussirez à renouer contact avec votre famille. En tout cas, je crois que votre petite se prépare à vivre l'un des plus beaux jours de sa vie. Died Maroz vous racontera...

À ces mots, le regard d'Igor s'illumina, malgré la tristesse qu'on lisait toujours sur son visage.

Sans plus tarder, nos amis regagnèrent la porte d'entrée, échangèrent leurs adieux avec le maître des lieux, avant de s'élancer sur le lac gelé. Igor les regarda s'éloigner et ne rentra qu'une fois que le traîneau eut complètement disparu à l'horizon.

À bord de l'attelage, Kahouette avait une pensée lui. Elle comprenait d'où venait ce frisson, qui l'avait parcourue en rencontrant Igor. Elle avait simplement ressenti la part de désespoir qu'il cachait au fond de son coeur. Mais à bien y réfléchir, si les parents de Natacha ne s'étaient pas séparés, Igor n'aurait jamais connu cet ami, qui lui avait remis l'élixir magique. Alors finalement, le destin avait bien fait les choses, pensa-t-elle dans un élan d'optimisme.

Le retour se passa sans encombre et l'élixir bleu produisit les effets attendus. Natacha et sa maman connurent ainsi le plus beau Noël de leur vie. Et comme promis, Died Maroz réussit à convaincre la maman de Natacha d'organiser des retrouvailles.

La suite de l'histoire restait à écrire par Igor, Olga et leur fille Natacha. Il leur appartenait maintenant de reprendre en main leur avenir commun. Mais à n'en pas douter, la K compagnie en était convaincue, ces trois-là y mettraient toute leur force et tout leur amour.

  • Salut la compagnie !
  • Oh, c'est Papa qui rentre. Tu m'en raconteras d'autres des missions de la K compagnie ?
  • Bien sûr. Tu sais, avec ces petits globe-trotters, on n'a jamais fini de voyager.
  • Merci Monsieur Kakouk. Cette fois, c'est moi qui pars en mission bagarre avec Maxime et Papa. On va bien s'amuseeer, hé, hé, hé...

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Carte de Moscou

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TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly