Églantine, ma tortue de Floride

pers-HL-eglantine-002

Il y a bien longtemps que tu es partie sans laisser de traces. Mais tu vois, je pense encore à toi. Tu as débarqué chez moi après un très long et éprouvant voyage. Bébé tortue de Floride, tu étais perdue dans un grand aquarium de chez Truffaut. Je ne t’ai pas adoptée pour tes beaux yeux, mais plutôt pour ceux de ma fille qui m’implorait de ne pas te laisser là. Mon cœur de mère n’a pas résisté. Géraldine était si fière avec son petit sac en plastique empli de toi. Il a fallu choisir avec amour ton bocal, des cailloux de multiples couleurs et toutes sortes de plantes aquatiques. Tu n’étais pas très bavarde, mais toute la famille t’aimait bien, si mignonne et si fragile. On t’a appelée Églantine. Tu vivais de rien, et pourtant tu as grandi et grossi à vue d’œil. C’est fou ce que tu es devenue grosse. Trois fois, j’ai dû changer la taille de ton bocal que tu passais ton temps à escalader pour tenter de t’évader. C’était une obsession, retrouver la liberté de la vie sauvage à laquelle tu étais destinée. Un jour, j’ai eu pitié, je t’ai libérée de ta prison de verre qui semblait tant te déprimer. Je t’ai déposée par terre pariant que tu allais t’adapter et mes espoirs ne furent pas déçus.

Tu as vécu des années sur le carrelage entre la cuisine et le salon. Tu hibernais de longs mois derrière le canapé sans manger ni boire, réapparaissant de temps en temps pour te ravitailler dans la gamelle du chat. La tortue de mer était bel et bien devenue tortue de terre, incroyable miracle de l’adaptation. Mais cette liberté surveillée ne te suffisait pas encore. Il te fallait goûter l’herbe fraîche du jardin. Dès que la fenêtre était ouverte, tu te précipitais à toute allure.

Qui a bien pu prétendre que les tortues sont lentes ? Tu étais là pour prouver le contraire. Comme la tortue de la fable, tu courais toi aussi plus vite que le lièvre !

La marche d’accès au jardin ne te faisait pas peur. Un saut périlleux dans le vide te propulsait, une fois à l’endroit, une fois à l’envers. Alors là, heureusement que j’étais là pour te sortir du pétrin. Peu à peu tu es allée de plus en plus loin, et ma garde s’est faite de moins en moins attentive. Tes fugues se répétèrent et puis un jour l’appel du large a été le plus fort. Tu es partie sans laisser d’adresse. Je t’ai cherchée partout, la famille et les voisins aussi. Nul ne t’a jamais revue, c’était il y a dix ans déjà. Tu me croiras si tu veux, mais je n’ai jamais oublié. Ton souvenir a laissé sur mon cœur la marque d’une petite fleur blanche nommée églantine, émouvante, libre, tenace et rebelle.

Je t’adresse ce courrier en Floride. Sait-on jamais, j’aime rêver que tu es redevenue tortue marine pour traverser l’Atlantique et retrouver ta source originelle. Bon vent, petite églantine !

 

Enfants / Les histoires de nos lecteurs / Églantine, ma tortue de Floride – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly