Chapitre 3 - Le tour de France

Carte de France pour les enfants

Coucou, me revoilà. Vous vous souvenez de mon destin fabuleux, chat des rues devenu chat de luxe dans un quartier résidentiel des environs de Paris. Demain je pars en vacances avec ma famille Camembert. Eh oui, bien que content d’être de retour chez eux, ils ont toujours la bougeotte. Ils ont décidé de faire le tour de France en camping-car. Imaginez, un chat dans une maison à roulette, changeant de place tous les jours. Sûr que je vais me perdre. D’ailleurs, pour cette raison, les Camembert ont prévu une laisse pour les visites, et une grande ficelle suffisamment longue pour que je profite en toute sécurité de nos arrêts dans la nature.

De bon matin et le cœur joyeux nous voilà partis direction Nancy. Pour la visite de la ville, je serais bien resté dans le camion, mais il faisait une telle chaleur que les Camembert craignaient de me retrouver à leur retour, tout cuit comme un rôti. Alors, en avant avec la laisse. Je ne sais pas si vous avez déjà trimballé un chat en laisse, c’est un vrai cauchemar : premièrement c’est ridicule, ensuite le chat n’est pas un chien. Le chien en laisse, marche toujours devant son maître, c’est même lui qui le tire parfois. Le chat, lui, ne comprend pas qu’il faut avancer, il reste sur place et se laisse traîner jusqu’à en être étranglé. Il faut dire que j’y ai mis pas mal de mauvaise volonté, alors, j’ai terminé la visite dans les bras et finalement j’ai adoré.

Le premier soir, nous avons fait une halte dans les Vosges, un endroit magnifique plein de forêts, de verdure et de sapins. Cet endroit aurait pu faire un merveilleux terrain de jeux pour un chat. Je suis sûr qu’il y avait plein de petites bêtes dans l’herbe pour m’amuser. Seulement voilà, les Camembert avaient un tout autre projet pour moi. En deux temps, trois mouvements, me voilà attaché au bout d’une ficelle, longue peut-être, mais une ficelle quand même. Je m’ennuyais ferme, assis tristement dans l’herbe, quand j’ai décidé de tenter une exploration des lieux. Me voilà parti sous les roues du camping-car pour aller voir ce qui se passait de l’autre côté, puis un tour à droite, puis à gauche, plusieurs fois la même manœuvre, quand j’ai senti que je ne pouvais plus avancer et que je commençais à m’étrangler. À force de tourner en rond, j’avais emmêlé et coincé la corde autour des roues du camion. J’étais en bien mauvaise posture et les Camembert étaient partis en balade. Je suis resté sans bouger jusqu’à ce qu’ils reviennent. J’ai trouvé le temps bien long. À leur retour, enfin libéré, je pensais qu’ils allaient me laisser en liberté, mais non. Monsieur Camembert a démêlé ma ficelle tant bien que mal, mais il m’a laissé au bout.

Oubliant très vite ce qui venait de m’arriver, j’ai recommencé à batifoler dans l’herbe, puis j’ai entrepris l’escalade d’un arbre. Le paysage devait être bien beau vu de là-haut. Me voilà donc parti pendant que les Camembert étaient occupés à déjeuner. Arrivé sur la première branche je ne me suis plus souvenu que j’étais attaché, je me suis élancé pour atteindre la deuxième branche et boum patatras, je me suis retrouvé pendu à mon arbre. Heureusement que mes sauveurs avaient installé leur table juste en dessous, sinon, vous devinez la triste suite. Cette fois-ci c’en était trop, Monsieur Camembert a pris une sage décision. Il a pris son grand couteau et dans un élan de générosité, il a coupé la corde pour me libérer définitivement.

Des Vosges, nous sommes descendus vers le sud, dans les Alpes, puis sur la Côte d'Azur. Ensuite, nous avons bifurqué vers les Pyrénées, le Périgord, puis sommes remontés vers la Bretagne, le Nord, pour, au bout d’un mois, rejoindre notre domicile fixe. J’ai pris goût très vite à ce voyage pas comme les autres. Assis à l’arrière du camion, je regardais défiler les paysages, écoutais les joyeux éclats de rires des enfants, me laissais cajoler quand l’un d’eux, me prenant pour sa peluche, s’endormait tout contre moi. À chaque arrêt, je disparaissais dans les buissons, pour une nuit de jeu et de liberté. Je ne revenais que quand j’entendais le bruit de moteur du camping-car prêt à partir. Là, je détalais à toute vitesse de peur que ma maison parte sans moi.

Un jour, je n’ai pas répondu à l’appel. Imaginez ! Deux campeuses, croyant que j’étais perdu, m’ont enfermé dans leur tente toute la nuit, avec l’intention de m’adopter. Mais moi je ne change pas de famille comme ça. J’ai bien failli rater le départ, car les deux vacancières ont fait la grasse matinée. Depuis l’aube, je guettais le moment où elles allaient enfin ouvrir un œil, puis la fermeture éclair de leur tente pour m’enfuir à toute vitesse. Ouf, les Camembert étaient toujours là, ils me cherchaient partout, et n’envisageaient pas une seconde de partir sans moi. Ils seraient restés sur place jusqu’à ce que je revienne, quitte à renoncer à leur tour de France. Ils avaient lancé un avis de recherche dans tout le camping, et organisé l’exploration de tous les environs. De tous les coins fusaient des appels insistants, « Kochka, Kochka ! ». Ce jour-là, j’ai compris ce que voulait dire « tous pour un et un pour tous ». J’ai surtout ressenti à quel point j’étais aimé d’une famille en or.


Enfants / Les histoires de nos lecteurs / La véritable histoire de Kochka – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly