Chapitre 2 - Le grand départ

Carte d'itinéraire de voyage pour les enfants depuis l'Ouzbékistan jusqu'à la France, en passant par Moscou

Coucou les enfants, me revoilà. C’est Kochka. Aujourd’hui je vais vous raconter mon aventure vers la France. Toute la famille Camembert s’en souvient encore.

Les valises enfin bouclées, 17 au total, nous avons pris le bus direction Samarcande. Après deux ans de vie hors de chez eux, les Camembert étaient très émus de voir se terminer ce morceau de leur histoire. Leurs yeux étaient emplis de larmes, mais pas les miens, les chats ne pleurent pas. À Samarcande, nous avons pris un tout petit avion direction Tachkent. Les nombreuses valises ont passé difficilement les contrôles, il a fallu les ouvrir une à une et déballer ce que la famille avait eu tant de mal à ranger. Quant à moi et mon sac à hublot, c’était une autre affaire. J’avais beau me faire tout petit, je ne passais pas inaperçu. Le policier ne voulait rien entendre, il fallait que je voyage dans la soute avec les bagages. Mais pour qui il me prend celui-là, dans la soute, comme si j’étais un paquet. J’aurais préféré m’enfuir plutôt que d’entrer dans le ventre tout noir du monstre aux ailes d’oiseau. J’ai fini par passer, mais de justesse. Enfin installés, il a fallu attendre des heures que l’engin se décide à démarrer. Il faisait une chaleur à ne pas mettre un chat dehors. Chacun des passagers tripotait nerveusement l’arrivée d’air située au-dessus de son siège, mais rien à faire, la clim était bien en panne. Je ne vous dis pas le ouf de soulagement quand l’avion est enfin parti.

Mais le ouf a été de très courte durée, car nous attendait au détour d’un nuage, l’orage du siècle. La pluie, le vent, les éclairs, rien ne manquait. Chaque trou d’air soulevait les gens jusqu’au plafond. Chacun essayait de s’agripper à ce qu’il pouvait, tout le monde était mort de trouille. Inutile de dire que personne ne s’est préoccupé de moi pendant tout le trajet. Après un temps interminable, l’avion s’est enfin posé sur la terre ferme. C’est là que les Camembert se sont aperçus que j’avais disparu. Mon sac était vide et je restais introuvable. Tous les passagers étaient à quatre pattes pour me rechercher sous les sièges, et appelaient « Kochka, Kochka ». Pour rien au monde je ne serais sorti de ma cachette. La petite Doudoune était à la recherche de son doudou laissé dans la poche de son fauteuil quand elle a senti, blottie tout au fond, une petite boule tremblante au poil soyeux. Elle m’a pris joyeusement dans ses bras, m’a couvert de bisous, câliné, cajolé, et pour la première fois je n’ai pas eu envie de me cacher en haut de l’armoire pour échapper à ses caresses. 

Mais le voyage ne faisait que commencer. À Tachkent attendait un énorme avion destination Moscou. Là encore, il a fallu attendre des heures et des heures. Il a fallu rouvrir les valises, les déballer, les ranger, et s’apercevoir à la fin, surprise, il en manquait une. Elle était restée sous le comptoir lors du précédent contrôle. Une chance que ce n’était pas moi !

À présent, il fallait passer aux choses sérieuses. J’avais très envie de faire pipi, et je me tortillais dans tous les sens. Rien n’est prévu pour les chats voyageurs dans les aéroports. Heureusement Madame Camembert, très organisée, avait tout prévu : un plat en émail, des petits cailloux, du papier, des sacs en plastique, alors, au bout d’une laisse, j’ai pris la direction des toilettes pour dames. Et là, ce n’est pas pour me vanter, j’ai été exemplaire : propre, discret et sans odeur, et ça pendant tout le voyage jusqu’à l’arrivée. Les chiens de France pourraient prendre exemple sur moi, eux qui prennent les trottoirs pour des crottoirs.

Après des heures et des heures de vol, une escale à Moscou où il neigeait à ne pas mettre un chat ouzbek dehors, imaginez, il faisait moins 35 degrés, nous sommes enfin arrivés dans mon pays d’adoption. Après vérification de mon carnet de santé et de mes vaccins, j’ai obtenu ma carte de séjour définitive, en quelques minutes.

Quel destin ! moi, le petit chat des rues qui volait quelques gouttes de lait à la citerne du marché, j’allais devenir un chat choyé, avec un jardin, une gamelle bien garnie tous les jours, un coin douillet et chaud sur le canapé du salon, des caresses et la liberté.

À bientôt les enfants. Je vous raconterai d’autres histoires de ma vie de chat.


Enfants / Les histoires de nos lecteurs / La véritable histoire de Kochka – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly