Chapitre 1 - Le chat voyageur

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Bonjour les enfants. Je m’appelle Kochka. Drôle de nom pour un chat. En russe Kochka veut dire chat. Alors, un chat qui s’appelle chat, c’est complètement ridicule. J’ai failli m’appeler Bianca, vous imaginez, un chat avec un nom de souris. Quelle idée ! Y’a bien que les Camembert pour trouver un nom pareil ! Eh oui, ma famille humaine s’appelle Camembert. Faut dire qu’ils ne sont pas gâtés. Ils ont dû certainement se venger en m’appelant chat. Enfin, passons… Kochka je suis, Kochka je resterai. Et puis on s’habitue, y’a pas de quoi en faire toute une histoire ! Par contre, ma vie est toute une histoire, lisez la suite et vous verrez.

Figurez-vous que je suis un chat ouzbek. Eh oui ! Je suis sûr que vous ne savez pas où se trouve l’Ouzbékistan. C’est en Asie Centrale, au sud-est de la Russie, là où Samarcande, la grande cité aux coupoles bleu turquoise, rivalise avec les plus belles villes du monde.

Ma maman chat m’avait bien dit de ne pas m’éloigner. Mais attiré par les gouttes de lait qui coulaient de la grande citerne venant, chaque matin à cinq heures, ravitailler les habitants munis de leur pot à lait, je me suis perdu sur le chemin des trois cochons. C’est là que Madame Camembert, une femme française échouée là avec toute sa famille pour les activités professionnelles de son mari, m’a trouvé miaulant et gémissant. En un rien de temps, je me suis retrouvé bien au chaud dans un sac à provisions au milieu des oignons et des tomates.

Arrivé à la maison, bloc numéro 5 de la cité Otchilova, j’ai été accueilli par les cris de joie des trois enfants Fanou, Frida et Doudoune, et le regard désapprobateur de Monsieur Camembert qui, lui, n’était pas fou de joie. Il voyait déjà tous les tracas que j’allais leur causer. Pendant quelques jours j’ai été la vedette de la maisonnée, les enfants n’arrêtaient pas de me tripoter, gratouiller, chatouiller, prendre dans les bras, me câliner même quand je ne demandais rien. Pour avoir la paix, une seule issue, me hisser en haut de l’armoire où personne ne pouvait m’attraper, là je pouvais dormir tranquille. Enfin, j’étais bien nourri, bien aimé, bien au chaud, alors pour rien au monde j’aurais voulu changer de maison.

Puis j’ai grandi. Monsieur Camembert s’est habitué, je crois même qu’il a fini par m’aimer. Un jour, en faisant le fou sur le balcon, je suis tombé du cinquième étage. Oh là là ! Que j’ai eu mal ! Imaginez, j’avais l’arrière-train en compote. Après ma remontée laborieuse avec l’aide des voisins, dans une couverture, je me suis hissé dans l’armoire, blotti dans une boîte à chaussures, et j’y suis resté immobile pendant cinq jours sans manger ni boire, et malheur à celui qui m’approchait, mes griffes étaient prêtes à surgir. Pour nous les animaux, l’attente, la patience et l’immobilité sont le meilleur des remèdes. D’ailleurs, les humains devraient parfois prendre modèle sur nous. Au sixième jour, je suis sorti tout guilleret de mon refuge sous les yeux épatés et soulagés de toute la famille qui croyait bien que j’allais mourir.

Après plusieurs mois de cette vie de rêve, vint le jour du grand voyage. La famille devait rentrer en France, la mission étant terminée. Qu’allaient-ils faire de moi ? Me laisser ou m’emmener. Le soir ils en parlaient, et j’ai bien vu que j’étais un gros souci. Ils parlaient d’avion, de valises, de passage à la douane, de vaccins. Un jour, Madame Camembert m’a enfermé dans un sac, a pris le bus jusqu’au village voisin, et m’a emmené chez le docteur des animaux qui n’en croyait pas ses yeux. Là-bas, en Ouzbékistan, les vétérinaires ne s’occupent que des vaches, des ânes et des chevaux, jamais des chats et des chiens. Monsieur Véto a quand même accepté de me faire un vaccin avec son énorme seringue à vache. Je me serais bien passé de la promenade, j’ai eu la trouille de ma vie !

Quelques semaines plus tard, la maison était pleine de valises, les armoires vidées, les paquets ficelés, les cœurs lourds, et le mien complètement paniqué. Je ne savais plus où me mettre. Je tentais de me cacher dans une valise, un sac, pour que surtout on ne m’oublie pas, mais chaque fois, j’étais découvert et poussé dehors. Dur, dur d’être un chat quand la famille s’en va. Quand j’ai vu le dernier bagage se préparer, sac avec hublot, croquettes et litière, j’ai compris qu’ils allaient m’emmener, et surtout j’ai compris qu’ils m’aimaient et que je faisais vraiment partie de la famille. J’étais pour de vrai Kochka Camembert. Ouf ! Quel soulagement ! Les chats n’aiment pas les voyages, mais là, j’aurais été au bout du monde, pourvu que ce soit avec eux, ma famille d’adoption et de tendresse.

Le petit chat voyageur avait perdu sa maman Chat, un jour dans l’allée des trois cochons, il ne serait pas séparé de sa deuxième famille ! Youpi ! La vie est belle !

À bientôt pour le grand voyage.


Enfants / Les histoires de nos lecteurs / La véritable histoire de Kochka – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Littérature jeunesse sur les voyages, l'aventure et l'imaginaire.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly