Un grand pot pour un petit frère

Je me rappelle quand Maman a voulu apprendre à Maxime à faire pipi et caca dans le pot à l'approche de ses 2 ans. On a bien rigolé...

Elle a commencé par installer un grand pot bleu tout neuf dans les toilettes en lui expliquant qu'il devenait grand et qu'il faudrait faire pipi là maintenant. Il a alors enfilé le pot comme un chapeau et s'est promené dans toute la maison en répétant à tue-tête « pipi là, pipi là ».

Après ce petit défilé, elle l'a mis tout nu (c'était juste avant le bain) et elle l'a installé sur le pot : il n'a rien fait, même pas une goutte. J'ai alors demandé à Maman :

  • Trop fastoche, je peux lui montrer ?
  • Si tu veux, mais juste pour cette fois. Autrement, c'est son pot à lui, comme tu avais le tien au même âge. Parce que s'il te voit y arriver chaque fois alors que lui n'y arrive pas encore, il aura l'impression de ne pas être capable.
  • D'accord Maman.

Je m'installai fièrement sur le pot, puisque pour cette fois seulement, j'y étais autorisé.

  • Regarde Maxime, tu peux faire pipi là comme moi.

Je me levai après avoir terminé pour lui montrer ce beau résultat.

Il ouvrit de grands yeux ébahis avant de me féliciter :

  • Pipi Liot ! Pipi Liot ! Traduction : Pipi Éliot ! Pipi Éliot !

Le lendemain, toujours avant le bain, Maman fit une nouvelle tentative en installant Maxime sur le pot.

Il semblait bien mieux inspiré que la veille et en effet, au bout de quelques secondes, il se releva très fier. Puis il se retourna pour admirer son œuvre en criant :

  • Pipi là ! Pipi là !

Maman et moi l'avons alors félicité en chœur :

  • Bravo Maxime ! Tu es un grand, bravo !

Maman lui a présenté le pot de plus en plus souvent les jours qui ont suivi jusqu'à ce qu'elle l'y laisse seul un moment et qu'il en profite pour y faire un gros caca. Je ne sais pas ce qui lui a pris, il a déboulé dans la cuisine où se trouvait Maman en brandissant son pot plein comme on brandit un trophée et en s'exclamant :

  • Pipi, caca, baho ! Baho ! Traduction : Pipi, caca, bravo ! Bravo !

Alors là, Maman a été prise d'un moment de panique et lui a saisi le pot en le félicitant avant de se lancer dans une petite explication, tout en ramenant le pot aux toilettes avec lui :

  • Maxime, le pot doit toujours rester dans les toilettes, il ne faut pas le transporter, tu pourrais le renverser et ensuite Maman devra tout nettoyer.

Et puis elle a recommencé :

  • Qu'est-ce qu'il est beau ton caca Maxime, bravo !

Là, j'ai trouvé qu'elle exagérait. Pour un peu, elle lui aurait dit que son caca sentait la fraise alors que c'était une vraie puanteur. Moi, je n'avais pas droit à autant d'égards. Quand Lisa passait après moi, au mieux elle pinçait son nez en levant les yeux au ciel, au pire elle me disait :

  • Éliot, qu'est-ce que tu manges ces temps-ci pour laisser une telle odeur dans les toilettes ?

Bref, toujours aussi aimable.

Revenons-en à Maxime. Un autre jour, alors qu'il était de plus en plus souvent en slip à la maison, nous étions à table pour le dîner. Tout à coup, il s'est exclamé :

  • Maman, pipi !

Elle s'est précipitée, mais trop tard, il avait fait dans son slip. Elle lui a dit que ce n'était pas grave et lui a proposé de finir sur le pot s'il n'avait pas tout fait dans le slip. En fait, il avait déjà tout fait. Elle a alors surtout pensé qu'il serait plus prudent de lui proposer le pot avant le repas la prochaine fois.

Ainsi, Maxime a appris joyeusement la propreté entre petites victoires et accidents. Je ne me rappelle pas de mon propre apprentissage, mais je me souviens de quelque chose de beaucoup moins drôle. En fait, je me suis remis à faire pipi au lit alors que j'étais déjà propre. C'est arrivé quand Maman m'a appris qu'elle était enceinte. J'ai eu peur de ne pas être capable d'être grand, moi qui ne serais plus jamais le plus petit de la famille.

La première fois que c'est arrivé, je faisais un rêve et je sentais mon ventre tout chaud jusqu'à ce que je me réveille et m'aperçoive que mes draps étaient tout mouillés et froids. Je me suis alors précipité dans la chambre de Papa et Maman en pleurant. Maman a vite compris et m'a dit que ce n'était pas grave et que ça pouvait arriver à tout le monde. Elle m'a alors donné une douche, fait un gros câlin, a changé mes draps et m'a recouché en me serrant de nouveau fort contre elle. Je me sentais beaucoup mieux et j'ai pu me rendormir soulagé.

C'est encore arrivé quelques autres fois, jusqu'à ce que Maman me questionne sur ce qui m'arrivait :

  • Peut-être que tu fais pipi au lit parce que tu es inquiet par rapport à l'arrivée du bébé.
  • Maman j'ai envie d'un petit frère, mais je veux aussi rester ton bébé.
  • Tu sais qu'il y a autant de place pour tous mes enfants dans mon cœur, pour toi Éliot, pour ta sœur Lisa, et de la même façon pour ce nouveau bébé qui viendra. Il aura le droit de faire des choses que tu n'as plus le droit de faire parce qu'il sera plus petit, comme entre toi et Lisa, mais il y aura aussi des choses que tu pourras faire parce que tu es plus grand et que lui ne pourra pas encore faire. C'est la vie, mais ça ne change rien à l'amour que Papa et moi vous portons. Tu dois savoir que je t'aimerai toujours.
  • Je t'aime aussi Maman

Après cette conversation, les choses sont rapidement rentrées dans l'ordre pour moi.

Par contre, c'est aussi arrivé à mon ami Paulo, il n'y a pas si longtemps, et pour lui ça a été vraiment difficile. Ça a commencé avec le divorce de ses parents. Il s'est mis à faire pipi toutes les nuits et sa Maman devait se lever chaque fois pour changer les draps et le doucher. Et puis c'est devenu trop fatiguant pour sa Maman ; elle est arrivée plusieurs fois en retard au travail et Paulo à l'école parce qu'elle n'avait pas entendu le réveil.

Alors, Paulo a dû prendre l'habitude de se débrouiller tout seul la nuit. Quand ça lui arrivait, il se changeait avec le pyjama propre que sa Maman lui avait préparé la veille et il changeait de côté du lit pour se rendormir au sec. Il prenait une douche au réveil après avoir mis ses affaires dans le panier de linge sale.

Ça a été très dur pour tous les deux, mais ils ont beaucoup discuté. Et Paulo a aussi parlé de ses soucis avec son Papa, qui lui a expliqué qu'il avait lui aussi longtemps fait pipi au lit quand il était petit. Et puis, quand sa vie s'est à nouveau bien organisée, d'un côté avec sa Maman, et de l'autre avec son Papa, Paulo a commencé à aller mieux. Ses parents ont aussi cessé leurs disputes et recommencé à se parler. Et chaque fois que Paulo avait un problème, il savait qu'ils pouvaient se retrouver tous les trois pour en parler. Ça l'a beaucoup aidé et maintenant quand j'invite Paulo à dormir à la maison, plus besoin de prévoir des draps de rechange. Ce n'est plus qu'un vieux souvenir.

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly