Filles et gars, même combat !

  • Hommes, femmes, les mêmes droits ! Hommes, femmes, les mêmes droits !

Ce soir-là, on jouait avec Maxime dans un coin du salon. On propulsait des petites voitures à toute vitesse sur mon circuit.

Maman et Lisa regardaient une émission à la télé. Des femmes défilaient dans la rue en hurlant. Elles me cassaient les oreilles. Je me demandais bien quelle mouche les avait piquées et hasardai une question :

  • Qu'est-ce qu'elles ont à crier comme ça ?

Pas de réponse. Les filles de la maison restaient captivées par ce spectacle sans intérêt. Mais quand même, j'avais bien envie de savoir ce qui les mettait dans cet état. Je laissai Max en plan et décidai d'aller en parler à mon père, qui s'affairait dans la cuisine pour préparer le dîner :

  • Dis P’pa, t'entends ces filles à la télé. Qu'est-ce qu'elles ont à hurler comme ça ?
  • C'est le 8 mars aujourd'hui. La Journée Internationale des Femmes. Alors, ils nous repassent toute l'histoire des conquêtes féminines.
  • C'est quoi les conquêtes féminines ?
  • En fait, les hommes et les femmes n'ont pas toujours eu les mêmes droits. Par exemple, le droit de vote des femmes a été définitivement acquis en France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a 70 ans à peine.
  • Et comment ça se fait ?
  • Tu sais, les choses étaient bien différentes avant. La société était faite avant tout par les hommes. On vivait dans une espèce d'ordre établi où les femmes devaient se consacrer uniquement à leur famille : faire le ménage, la cuisine, s'occuper des enfants...
  • Et tout le monde était content ?
  • Disons que c'était comme ça et que les gens ne se posaient pas de questions. Pour eux, c'était juste normal. C'est le danger qui nous guette quand on vit toujours de la même façon. On finit par ne plus voir qu'il y a quelque chose qui cloche.
  • Et pourtant, ça a quand même changé.
  • Oui grâce à quelques-unes, qui ont reçu une éducation, qui ont réfléchi, et qui ont osé réclamer le changement. Ça ne s'est pas fait en un jour, mais quand le mouvement est enclenché et prend de l'ampleur, l'ordre établi finit par être obligé de discuter et de se remettre en question. C'est comme ça que la société évolue.
  • Et les hommes, ils étaient d'accord ?
  • Tu sais, c'est toujours pareil. Certains se sont sentis menacés dans leur petit confort et n'étaient pas très enthousiastes. D'autres se sont dit que ce serait une chance que les hommes et les femmes partagent plus et que les femmes participent avec eux à la vie de la cité.
  • La vie de la cité ?
  • Oui, ce qu'on appelle la vie de la cité, ce n'est pas la vie dans le foyer, mais la vie de l'extérieur, celle qui est tournée vers le monde. Et pour faire évoluer la société, il vaut mieux que des gens différents y participent. Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes. Comme ça, ce qu'on décide a plus de chances de satisfaire le plus grand nombre.
  • Alors, elles ont tout ce qu'elles veulent les femmes maintenant ?
  • Elles se sont un peu calmées par rapport à ce que tu as vu à la télé, mais maintenant elles trouvent que les hommes n'en font pas assez à la maison.
  • Il est prêt ce dîner ? interpela Maman, confortablement installée dans le canapé, et revigorée par ces siècles de conquêtes féminines qui s'enchainaient sous ses yeux.
  • Minute, on discute entre hommes.
  • En tout cas, ce soir, c'est toi qui es derrière les fourneaux, dus-je reconnaître.
  • Le 8 mars, c'est tradition. J'ai intérêt à me montrer exemplaire. D'ailleurs, je suis étonné que ta mère ne m'ait pas encore demandé de lui apporter une bière.
  • Qu'est-ce que vous mijotez tous les deux ? lança Maman, qui commençait à tendre l'oreille.
  • Rien, rien, répondit Papa.
  • Tu ne serais pas en train d'abreuver Éliot de vieux clichés, par hasard ?
  • Moi ? Un féministe de la première heure. Tu es gonflée !
  • Alors on va dire que je n'ai rien entendu.
  • Tu vois fiston, poursuivit Papa à voix basse, le problème avec les femmes c'est qu'elles n'aiment pas les clichés, mais elles sont les premières à s'y réfugier quand ça les arrange.
  • C'est quoi les clichés ?
  • C'est par exemple de dire que toutes les femmes sont romantiques et que tous les hommes sont des casse-cou. Ou alors, dire que les petites filles doivent seulement jouer à la poupée et à la dinette et les petits garçons aux voitures ou à la guerre. En fait, c'est un peu comme mettre tout le monde dans le même sac en ignorant qu'on est tous différents. Et que donc, des femmes peuvent aimer sauter en parachute, et des hommes peuvent aimer s'occuper de leurs enfants.
  • Bah, c'est vrai que je préfère me passer de ton câlin que de celui de Maman avant de m'endormir le soir. Mais, je préfère aussi faire des auto-tamponneuses avec toi qu'avec Maman. Avec elle, j'ai l'impression d'aller ramasser les champignons.
  • Bien résumé, mon fils. Alors, tu vois, ta mère fait la forte devant son émission. Elle dit qu'elle n'aime pas les clichés, mais moi je dis que c'est une dure au coeur tendre, comme toutes les filles.
  • Ah bon ?
  • Bah oui, parce que le jour de la Saint-Valentin, la fête des amoureux, c'est plus « hommes, femmes, les mêmes droits ! ». Ce jour-là, il faut que je la considère comme une princesse. Et gare à moi si j'oublie le traditionnel bouquet de fleurs !
  • Ah, d'accord...
  • Ah au fait chéri, tu ne voudrais pas donner un coup de main à la voisine demain matin pour changer sa roue ? lança Maman. Quelqu'un lui a crevé un pneu.
  • Oh, tu sais j'aime pas bien les clichés. On n'est quand même pas bons qu'à s'occuper des voitures, nous les hommes. Tu ne peux pas l'aider toi ?
  • Tu sais bien que je suis nulle en mécanique.
  • Ah oui ? Et moi je suis nul en ménage, rétorqua Papa en m'adressant un clin d'oeil.
  • Maman, il a raison P’pa, reprit Lisa qui n'avait rien manqué de la conversation.

Enthousiasmée par l'émission qui touchait maintenant à sa fin, elle se leva, très fière :

  • Écoute Maman, demain on s'occupera de la roue toutes les trois pendant que Papa astiquera la maison.
  • Banco ! dit-elle en tapant dans la main de Lisa.
  • Et moi, je n'ai pas mon mot à dire ? tenta l'intéressé.
  • Tu n'avais qu'à pas rechigner à mettre tes mains dans le cambouis, répondit Maman.
  • Non, mais je plaisantais, là.
  • Trop taaard... lâchèrent les filles à l'unisson, dans un grand sourire.
  • Eh bien, cette année la journée de la femme joue les prolongations, soupira Papa, vaincu.
  • T'en fais pas, on t'aidera avec Max, dis-je dans un élan de solidarité masculine.

Papa me glissa alors un secret à l'oreille : « OK, mais il ne faudra pas trop nous appliquer ; elles risqueraient de nous réserver la corvée de ménage pour toujours. »

Ce n'était pas très sport de la part de Papa, mais c'était de bonne guerre, après tout. À chacun sa façon de résister. Elles bruyamment, nous en silence.

Euh... il faut que j'arrête les clichés, là. On ne sait jamais, si Lisa se mettait à lire dans mes pensées.

En tout cas, il faut le reconnaître, la vie serait bien triste sans nos chamailleries, non ?

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly