À la récré, et si on apprenait à être grand ?

La cour de récréation, c'est comme dans la vie des grands, mais en miniature. Il y a ceux qu'on aime et ceux qui nous énervent. Il y a ceux avec qui on voudrait jouer, mais qui ont une autre bande de copains dont on ne fait pas partie. Et on ne sait pas toujours comment faire pour se faire accepter. On peut même faire des choses qu'on regrette ensuite, comme donner un objet auquel on tient. Tout ça pour avoir l'impression d'appartenir au groupe qui a le plus de succès à l'école... Et puis on peut aussi se faire embêter alors qu'on n'a rien demandé. Tout ça peut faire souffrir, mais c'est aussi souvent à l'école qu'on rencontre ses meilleurs amis, ceux qui feront encore partie de notre vie à l'âge adulte.

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Jérémy, qui reste un très bon copain encore aujourd'hui. C'était au début de l'année scolaire et je retrouvais Bastien dans ma classe, un petit dur que je connaissais depuis la maternelle et que je n'aimais pas beaucoup. Jérémy, lui, était nouveau dans l'école et il n'a pas tardé non plus à avoir affaire à Bastien.

À la récré, on se retrouvait souvent avec Paulo et quelques copains de sa classe et de la mienne pour échanger les dernières cartes à la mode. Très vite, j'avais invité Jérémy à jouer avec nous, parce qu'on avait sympathisé. La maîtresse nous avait installés à côté en classe.

  • Jérémy, fais voir ce que tu as apporté comme cartes, lui demanda Paulo.
  • J'ai un Power P35, un Energie E42 et un Booster B27.
  • Un Booster B27 ! Tu me l'échanges contre un Magnum M12 ? demanda Sacha, un autre copain de la bande.
  • Non je l'ai déjà, par contre si tu as un Power, je te l'échange.
  • OK, P31 ça te va ?
  • Par ici le B27, s'exclama Bastien qui passait par là en chipant la carte des mains de Jérémy.
  • Rends-moi ma carte, implora Jérémy.
  • Ta carte ? Désolé, mais elle est à moi maintenant, répliqua Bastien en s'éloignant, tout fier.
  • Laisse tomber Jérémy, ça c'est Bastien, lui dis-je. On aurait dû t'avertir ; dès qu'il est dans les parages, tu as intérêt à planquer tes cartes.

Après ça, Jérémy est retourné voir Bastien pour essayer de récupérer sa carte. Bastien lui a alors demandé de lui donner sa ceinture en échange et Jérémy a accepté. Il avait peur de la réaction de sa mère, alors il a dit qu'il lui dirait qu'il l'avait oubliée au cours de sport. Et puis ça ne s'est pas vraiment arrangé avec Bastien. Il bousculait Jérémy à la cantine pour lui faire renverser son plateau ou lui envoyait des boulettes de papier en classe lorsque la maîtresse avait le dos tourné.

De mon côté, j'ai décidé d'en parler à Papa un matin au petit déjeuner :

  • Papa, tu te souviens de Bastien qui m'avait fait tomber dans la cour quand j'étais petit ?
  • Ah oui, celui qui t'avait tiré les deux jambes quand tu étais adossé contre le petit muret ?
  • Oui, et même que je m'étais cogné la tête contre le mur et que j'avais vomi le soir à la maison.
  • Tu parles si je m'en souviens ! On avait dû t'emmener à l'hôpital pour vérifier que tu n'avais pas de traumatisme crânien. Et toi, qui n'avais rien dit, ni à ta maîtresse, ni à nous...
  • Et bien, il recommence Bastien, mais pas avec moi cette fois. Il a obligé Jérémy, un nouveau copain, à lui donner sa ceinture pour récupérer une carte qu'il lui avait volée.
  • Tu sais que c'est grave. Il ne faut pas qu'il se laisse faire ce garçon.
  • Je sais, mais je crois qu'il ose pas en parler à sa mère.
  • Alors moi j'irai en parler à ta maîtresse puisque je suis délégué de parent. Tu as bien fait de m'en parler Éliot. On ne va pas laisser ce gamin faire la loi à l'école.

Papa est allé voir ma maîtresse comme prévu et lui a expliqué ce qui se passait :

  • Eh bien Monsieur, vous avez bien fait de venir m'en parler. Justement, la maman de Jérémy est venue me voir en me disant que son fils était très renfermé depuis la rentrée alors qu'il avait toujours aimé l'école jusqu'ici. Et elle a aussi parlé d'une ceinture oubliée au cours de gym en effet. Je lui ai dit que Jérémy était nouveau dans l'école et qu'il lui fallait sûrement du temps pour s'habituer. Mais vu ce que vous me dites, je comprends mieux le problème. Je rappellerai les règles du savoir-vivre ensemble demain en classe et je ferai aussi une petite mise au point avec Bastien en particulier. Et je convoquerai ses parents pour tenter de comprendre ce qui se passe avec cet enfant.

Et avant que Papa ait eu cette discussion avec la maîtresse, on avait aussi décidé de réagir avec la bande pour aider Jérémy à l'école. À la récré, on a attrapé Bastien Paulo, Sacha et moi et on lui a pris 3 cartes de sa collection :

  • Ça Bastien, c'est pour rembourser toutes les cartes que tu as volées, lui lançai-je. Et maintenant, tu laisses Jérémy tranquille. Sinon, tu vas voir ta collection fondre à petit feu. Pigé ?
  • Oh, mollo les gars, si on peut plus plaisanter...
  • Tes plaisanteries n'amusent que toi et ton pote Léo, alors maintenant tu nous fiches la paix, OK ?
  • Bon, bon, ça va...

On était très content de notre coup avec les copains. Bastien qui jouait toujours les gros bras d'habitude, là il s'est retrouvé bien attrapé... bien fait pour lui !

Après sa discussion avec Papa, la maîtresse nous a fait un petit rappel comme promis :

  • Les enfants, je tenais à vous re-préciser certains points du règlement de l'école qu'on ne rappelle jamais assez, je crois, et qui sont très importants pour que chacun se sente bien en classe. Vous êtes là pour apprendre et travailler l'esprit libre. Pour ça, il est important que chacun se respecte. Je ne saurais donc tolérer ni insulte, ni vol, ni chantage, ni violence dans cette classe, ou ailleurs au sein de l'école. Vous n'avez pas à faire souffrir un camarade, ni à souffrir vous-même par ce genre de comportement, et j'y veillerai, croyez-moi.

Et la maîtresse n'en est pas restée là puisque Jérémy a récupéré sa ceinture dès le lendemain.

Après ça, Bastien nous a laissés tranquilles et Jérémy a retrouvé le sourire.

L'école et la cour de récré, ça nous prépare à la vie d'adulte, nous les enfants. On y apprend, on s'y amuse, on y passe de très bons moments, mais ce n'est pas tous les jours facile et on y apprend aussi à se défendre. Mais Papa dit qu'il vaut toujours mieux le faire avec les mots qu'avec les poings. Ça fait travailler l'intelligence et ça ne met personne en danger. Et de toute façon, pour les grands au travail, ça se passe toujours avec les mots. Eh oui, tu imagines une bagarre au boulot, ça ferait un peu désordre, non ? Pourtant, pour eux aussi le travail c'est parfois dur, même quand on aime beaucoup son métier. C'est comme pour toi à l'école : certains jours, tu peux avoir l'impression d'être admiré et suivi par tous les copains. Bref, tu as la banane. Par contre, d'autres jours, tu te sens exclu ou rejeté. C'est la vie, mais on a toujours le choix de dire non quand on n'est pas d'accord. Et si c'est trop difficile, il ne faut pas hésiter à demander l'aide de ta maîtresse ou de tes parents. Ils sont là pour ça.

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly