Envie de voler de mes propres ailes, mais pas trop loin

Aujourd'hui, ce n'est pas Éliot qui raconte ; c'est moi, Lisa, sa grande sœur. Éliot, lui, il préfère se donner rendez-vous dehors avec ses copains. Ce n'est pas comme nous, les filles. On aime bien s'inviter les unes chez les autres pour jouer, et même pour dormir.

Moi, la première fois que j'ai dormi en dehors de chez moi, ce n'était pas chez une copine puisque j'avais tout juste 1 an. J'étais encore fille unique à ce moment-là, bien tranquille, sans petit frère pour m'embêter. Maman m'a raconté ce qui s'est passé parce que moi, je ne m'en souviens plus, j'étais bien trop petite. Papi et Mamie m'ont emmenée dans leur maison au bord de la mer pendant les vacances d'été et Maman nous a rejoints une semaine plus tard. Elle avait tout prévu avant le départ :

  • Mamie, je vous ai mis un T-shirt que j'ai porté plusieurs jours pour que Lisa retrouve mon odeur quand elle aura un petit coup de cafard.
  • Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer, elle nous connaît bien maintenant.
  • Oui, mais on ne s'est encore jamais séparées si longtemps. De toute façon, je vous téléphonerai tous les soirs pour avoir des nouvelles.
  • Très bien.
  • Et j'ai mis aussi son doudou dans le sac à langer et j'en ai acheté un deuxième que j'ai mis dans sa valise. On ne sait jamais, si vous le perdiez...
  • Parfait, je vois que vous avez pensé à tout.
  • J'espère en tout cas. Appelez-moi surtout s'il y a le moindre souci, j'ai toujours mon téléphone avec moi. J'espère que tout ira bien. Alors... bon voyage.
  • Merci, mais tranquillisez-vous et profitez de cette semaine en amoureux. Ça passera bien vite vous savez.
  • On va essayer. Et toi Lisa mon petit bouchon, amuse-toi bien à la mer. On se revoit très bientôt. Je t'aime mon p'tit cœur. Au revoir.

Maman me fit un gros bisou que je lui rendis. Je ne parlais pas encore, mais je savais déjà envoyer des bisous qui volent. Et nous sommes partis tous les trois avec Papi et Mamie. Maman avait le cœur serré en nous regardant nous éloigner.

Tout s'est bien passé pendant cette semaine-là. Je n'ai pas eu de gros chagrin en l'absence de Maman. Elle a appelé Mamie tous les jours au téléphone et m'a parlé quelquefois. Mamie lui disait chaque fois que tout allait bien. Et pourtant...

Le jour est venu d'aller chercher Maman à la gare de Tatawi-les-Bains. Elle nous rejoignait pour la suite des vacances. Quant à Papa, il devait arriver en voiture la semaine suivante. On s'est alors mis en route tous les trois avec Papi et Mamie et je me suis endormie pendant le trajet. Je ne me suis réveillée qu'à notre retour et Maman était déjà près de moi.

Je me suis blottie contre elle et j'ai éclaté en sanglots. Et le pire, c'est que ça a duré plus d'une demi-heure. Je n'arrivais plus à m'arrêter de pleurer. Mamie n'en revenait pas. Elle m'avait vue joyeuse toute la semaine et n'imaginait pas que la séparation avait été si difficile pour moi et que Maman m'avait manqué à ce point. Peut-être que ça m'avait semblé trop long et que j'avais fini par croire que je ne reverrais plus mes parents. C'était comme si, après avoir retenu mon angoisse pendant plusieurs jours, elle éclatait tout à coup. En fait, j'étais soulagée de retrouver Maman, mais je voulais lui dire que j'avais souffert de son absence.

Après cette première séparation, il y en a eu bien d'autres, toujours pour aller chez Papi et Mamie, et peu à peu j'ai grandi, jusqu'à ce que commencent les invitations avec les copines.

La première fois, c'est Mélissa qui m'a invitée. Nos mamans se sont croisées un soir en venant nous récupérer à la garderie et la Maman de Mélissa a proposé que je vienne dormir chez elle un mardi soir, puisqu'il n'y avait pas d'école le lendemain.

  • Oh oui, Maman, dis oui, s'il te plait ! ai-je immédiatement crié avant que Maman ne réponde.
  • Eh bien écoutez, ce sera une grande première pour Lisa, mais vu sa réaction, je pense qu'il n'y aura pas de soucis.
  • Super ! Alors tu veux bien ?
  • Bien sûr, si ça vous fait plaisir à toutes les deux.
  • Vous savez, ce sera une première aussi pour Mélissa. Elle n'a encore jamais invité d'amie à dormir.

J'étais enchantée et je me sentais grandir tout à coup. Par contre, quand je me suis retrouvée le soir chez Mélissa, j'étais bien timide. J'étais surtout impressionnée par son Papa et je n'ai pas dit un mot pendant le dîner. Juste oui ou non quand ils m'ont posé des questions. Et au moment de me coucher, j'avais drôlement le cafard et le bisou et le câlin de mes parents me manquaient terriblement. J'ai eu du mal à m'endormir aussi. Le lendemain, ça allait mieux et on a bien joué, mais j'étais ravie de retrouver Maman après ça. Pas si facile d'être grande finalement.

Ensuite, c'est nous qui avons invité Mélissa, mais pour elle, c'était encore beaucoup plus compliqué. En fait, elle n'avait jamais dormi sans ses parents. Ils n'avaient pas de famille près de chez eux pour garder Mélissa.

Au moment de se coucher, elle a été prise d'une crise d'angoisse :

  • Mamannn... je veux Mamannn... je veux rentrer à la maison.
  • Ne t'inquiète pas ma chérie, lui a dit Maman en la prenant dans ses bras. Si tu veux, on peut appeler ta Maman ; comme ça, tu pourras lui dire bonne nuit avant de t'endormir.
  • Non, je pourrai pas m'endormir ici, il faut demander à Maman de venir me chercher, continua Mélissa en pleurant.
  • Mais Maman est sûrement déjà en pyjama et il fait froid dehors. Essaye de te calmer. Tu crois que ce sera plus facile pour toi si on laisse la lumière du couloir allumée.
  • Nonnn... je veux Maman...

Toutes les tentatives de Maman sont restées vaines ce soir-là. On a fini par appeler la Maman de Mélissa, qui a dit qu'elle venait la chercher. Quant à moi, j'étais très déçue. Quelques minutes plus tard, on sonna à la porte. Mélissa se précipita et se jeta dans les bras de sa mère.

  • Je suis désolée, dit Maman. On a bien essayé de la convaincre, mais Mélissa ne se sentait vraiment pas la force de dormir sans vous.
  • Ne vous inquiétez pas. À vrai dire, je ne m'attendais pas à ce que ça marche du premier coup. Elle ne s'est jamais séparée de nous, ne serait-ce que pour une nuit. Mais, elle en avait très envie et elle a bien failli y arriver, alors on réessayera.
  • Avec plaisir. Tout s'est très bien passé d'ailleurs, jusqu'à l'heure fatidique du coucher. Quand tu auras envie de refaire un essai Mélissa, n'hésite pas à en parler à Lisa et on organisera ça. On prendra le temps qu'il faut, mais tu y arriveras, j'en suis sûre.
  • D'accord, répondit Mélissa, soulagée, pour ce soir en tout cas, de rentrer chez elle.

Et finalement, nos mamans avaient raison, Mélissa a réussi à passer une nuit entière chez nous, dès la tentative suivante. Elle en avait tellement envie qu'elle a trouvé en elle la force pour y arriver. Et elle s'est sentie fière de voir qu'elle en avait été capable.

Depuis, on est devenues inséparables et on s'invite à la moindre occasion. Et aujourd'hui, les crises d'angoisse sont passées aux oubliettes. Enfin presque... Ce qui nous angoisse maintenant, c'est quand on fait des plans pour s'inviter et que les parents refusent parce qu'ils ont prévu autre chose... Mais on a plus d'un tour dans notre sac toutes les deux et on arrive parfois à transformer un non en oui. Magique, n'est-ce pas ? Voici quelques-uns de nos conseils pour y parvenir :

  • Accepte de faire des compromis comme de ranger ta chambre avec ton amie avant de vous quitter.
  • Quand tu fais ta demande, joins tes deux mains comme si tu faisais ta prière et papillonne des yeux. Les parents ont du mal à résister !
  • Et si ça ne marche pas cette fois-ci, ne sois pas mauvaise joueuse et retente ta chance la fois suivante.

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly