Un animal de compagnie peut-être, mais lequel ?

J'ai eu un jour une riche idée. Comme il m'arrivait de m'ennuyer, je me suis dit que ça ne se produirait plus si j'avais la compagnie d'un chien. Et pourquoi pas un Saint-Bernard, un gros chien plein de poils et affectueux ?

Satisfait de ma trouvaille, j'entrepris de faire ce qu'il fallait pour l'obtenir :

  • Maman, je peux faire ma liste pour Noël ?
  • Déjà ? Mais c'est dans plus de 6 mois !
  • Allez Maman, puisque je sais déjà ce que je veux.
  • Très bien, alors fais ta liste.
  • Merci Maman. Comment on écrit Saint-Bernard ?
  • Saint-Bernard ? Tu en veux un en peluche ?
  • Non un vrai, ça me fera un ami.
  • Mais tu ne te rends pas compte, c'est un chien de montagne, il ne serait pas heureux ici, il fait bien trop chaud.
  • Alors un autre chien, s'il te plaît...
  • Il n'en est pas question, ça perd ses poils, il faut le sortir plusieurs fois par jour et ce genre de bête n'est pas heureux en appartement, il lui faut de l'espace pour courir. Sans compter que ton père a toujours été contre le fait d'avoir un animal à la maison.
  • Eh bien, je mettrai que ça sur ma liste et le Père Noël sera bien obligé de me l'apporter.
  • N'y compte pas, le père Noël ne va pas contre la volonté des parents et il sait bien ce que les parents de chaque famille sont prêts à accepter.
  • C'est pas juste, Paulo a un hamster lui.
  • Paulo c'est Paulo et chez nous ça se passe différemment. Et ne t'imagine pas qu'un chien peut remplacer un ami. Au mieux tu pourras lui faire des câlins quand il en sera d'accord, mais il ne pourra pas jouer avec toi et en plus ça donne du travail un chien tu sais.
  • Mais Maman, je te promets que je m'en occuperai. C'est moi qui le sortirai avec Lisa et je lui donnerai ses croquettes.
  • Écoute, je sais bien comment ça se passera. Tu t'en occuperas au début, mais tu t'en lasseras bien vite et c'est moi qui me retrouverai avec toutes les corvées. Alors c'est non un point c'est tout et n'y reviens plus.
  • C'est pas juste !

Je quittai le salon fâché et m'enfermai dans ma chambre en claquant la porte.

Nous n'en avons plus parlé ensuite. Je ne voyais vraiment pas comment convaincre Papa et Maman de prendre un chien.

Alors, je me suis fait une raison et j'ai reporté le manque laissé par l'absence de chien sur le poisson rouge de la classe, nommé Totor. Je me proposai systématiquement pour lui administrer sa dose de nourriture quotidienne. Je décidai même d'apporter quelques coquillages de ma collection pour décorer son bocal, à la grande joie de Joséphine. Tant et si bien qu'il arriva quelque chose d'incroyable le dernier jour de l'année scolaire. Ma maîtresse me demanda de rester à la fin de la classe :

  • Dis-moi Éliot, j'ai l'impression que tu aimes beaucoup Totor. Que dirais-tu de l'adopter ?

Je n'en revenais pas de ce que Joséphine me proposait. Je sentais un large sourire me pousser jusqu'aux oreilles et je dus me retenir pour ne pas lui sauter au cou.

  • Oh oui, Joséphine ! Merci. J'ai pas d'animal à la maison, j'aimerais tellement adopter Totor.
  • Tes parents ne seraient pas contre au moins ?
  • Ah non, si c'est toi qui le proposes, ils pourront pas refuser.
  • Très bien, et je compte sur toi pour continuer à t'en occuper aussi bien que tu l'as fait jusqu'à présent.

Elle pêcha Totor avec une épuisette pour le plonger dans un sac rempli d'eau qu'elle me confia avec la boîte de nourriture. Je m'en saisis, très fier, souhaitai de bonnes vacances à ma chère maîtresse et allai rejoindre Maman qui m'attendait à la sortie.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle me vit apparaître avec mon cadeau :

  • Éliot, qu'est-ce que c'est que ça ?
  • C'est Totor, le poisson de la classe. Tu sais bien, je t'en ai déjà parlé ; Joséphine m'en a fait cadeau parce que c'est moi qui m'en suis le mieux occupé.
  • Tu parles d'un cadeau ! Mais qu'est-ce qu'on va en faire ? On part en vacances demain ; elle aurait pu nous demander notre avis tout de même.
  • C'est simple, on a qu'à l'emmener en vacances, c'est qu'un poisson rouge et ça prend pas de place.
  • Eh bien, c'est ton père qui va être content !

Le lendemain, Totor était du voyage, agitant ses nageoires dans une bouteille de jus de fruits en verre que je promis de garder bien droite sur mes genoux pendant tout le trajet.

L'exercice ne fut pas facile, mais Lisa me seconda un peu pour que je puisse dormir moi aussi. La famille au grand complet, Totor compris, arriva ainsi sans encombre dans la maison familiale de Tatawi-les-Bains.

Seulement à l'arrivée, il pleuvait. En descendant de voiture un peu vite, je renversai la bouteille et Totor s'en échappa. Et là, horreur ! Il fut emporté par le ruisseau qui courait le long du caniveau. Je me lançai alors à sa poursuite jusqu'à le dépasser. Je plaçai enfin ma bouteille en bas de la descente du caniveau et mon poisson miraculé s'engouffra dedans, indemne.

Le reste de la famille assista à la scène sans mot dire et fut bien soulagé que Totor soit toujours parmi nous.

Et ce n'était que le début de l'histoire parce qu'après ça, il nous en a encore fait de belles ce poisson.

Il n'était pas rare qu'on le retrouve gisant sur la commode le soir en rentrant. Eh oui, il aimait faire des sauts, mais il était tellement athlétique qu'il s'éjectait hors du bocal. Il suffisait alors de le replonger dans l'eau, et il repartait. Il était vraiment coriace.

Et pendant les vacances, Maman me confiait le nettoyage du bocal. Là, j'implorai Lisa, ne sachant pas comment m'y prendre. Et elle a toujours de bonnes idées Lisa. Elle mettait simplement le bocal sous le robinet pendant le temps nécessaire pour que l'eau devienne claire et qu'on ait l'impression qu'elle avait été changée. Bien sûr, Totor restait dans le bocal pendant ce temps là ; il avait l'air un peu affolé évidemment, mais il tenait le choc. Si Joséphine avait vu ça...

Il a vécu comme ça plus de 5 ans mon poisson et pendant toutes ces années, Maman n'a plus entendu parler de chien. Mais le jour de sa mort, nous avons tous été bien tristes.

Pour la cérémonie d'enterrement, nous l'avons allongé sur un joli coussin brodé, et nous avons confectionné une pancarte avec la date de sa mort et la mention « ici repose Totor ». Nous avons défilé avec Maxime et Lisa jusqu'aux toilettes et nous l'y avons jeté. Nous avons ensuite tiré la chasse d'eau et accroché la pancarte au-dessus des WC en sa mémoire. Je crois même que nous avons chacun versé une larme...

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly