Et si on mangeait des pâtes tous les jours ?

Il paraît que quand j'étais petit je mangeais de tout. Maman me concoctait des petits pots tous plus variés les uns que les autres : dinde aux pruneaux et purée de carottes, filet de sole et purée d'épinards... et tout passait comme une lettre à la poste. Elle était très fière de moi et elle pensait que j'étais bien parti pour être un enfant parfait, comme ma grande sœur Lisa. Alors elle, elle n'aime ni les glaces, ni les bonbons, et elle se régale d'une ratatouille ou d'une salade d'endives... beurk !

Quand j'ai eu 2-3 ans, Maman a commencé à déchanter. Je me suis mis à aimer beaucoup moins de choses et les repas sont peu à peu devenus un calvaire pour Maman comme pour moi. J'aimais par-dessus tout les saucisses-purée, le jambon avec les pâtes et le poisson pané avec du riz. Pourquoi donc se fatiguait-elle avec des menus compliqués ?

Par un beau week-end de printemps, Papa et Maman nous ont laissés tous les trois chez Papi et Mamie, le temps d'une escapade en amoureux. Et c'est Papi le premier qui m'a réconcilié (un peu) avec les légumes. Le samedi, j'ai entendu la conversation qu'il avait avec Mamie dans la cuisine :

  • Ta belle-fille s'inquiète beaucoup pour Éliot. Il ne mange rien ; si on lui présentait des pâtes à tous les repas, il serait le plus heureux.
  • Laissez donc cet enfant. En pension, ils n'ont jamais réussi à me faire manger ce dont je n'avais pas envie. Il tient de son grand-père, et regarde aujourd'hui, j'ai le plus beau jardin potager de la région. Ses goûts alimentaires ont bien le temps de changer, ce n'est encore qu'un enfant.
  • En attendant, c'est un vrai casse-tête pour lui faire avaler un repas équilibré.
  • Demain, je l'emmènerai au potager et on choisira le menu ensemble. On trouvera bien quelque chose qu'il aime.

Papi Nono était de mon côté, j'avais enfin un allié. Parce que ces derniers temps, j'avais l'impression qu'on ne parlait plus que de mon alimentation, à tel point que j'en avais mal au ventre à l'approche des repas.

Le samedi soir au dîner, Mamie nous avait gâtés avec au menu : tomates-mozzarella/coquillettes-jambon/compote de pommes. Profitant d'une ambiance détendue autour d'un repas qui faisait l'unanimité, Papi m'annonça ses plans :

  • Éliot, qu'est-ce que tu dirais de m'accompagner au potager demain matin et qu'on prépare le déjeuner tous les deux ?
  • Super, mais sans Maxime, il va tout piétiner dans le jardin.
  • Ne t'inquiète pas de Maxime, je l'emmènerai avec moi chez le boucher, dit Mamie. Quant à Lisa, elle a invité Charlotte à venir jouer à la maison demain matin.
  • Alors p'tit frère, on compte sur toi pour nous régaler. Tu sais que les nouilles ne poussent pas dans la terre au moins, me lança Lisa.
  • Très drôle ! Et toi sœurette, pas trop déçue qu'on n'ait pas encore inventé la glace aux asperges ? lui rétorquai-je.
  • Ah, ah, ah, je suis morte de rire.
  • Ça suffit les enfants, coupa Mamie. Débarrassez vos assiettes et filez faire votre toilette.

Le lendemain au réveil, un délicieux petit déjeuner m'attendait : fruits du jardin, chocolat chaud et pancakes façon Mamie. Je le pris avec Lisa qui me regardait avec ses yeux ronds de chouette mal réveillée. Maxime, Papi et Mamie avaient déjà pris le leur.

Une fois prêt, j'accompagnai Papi au jardin, armé d'une pioche et d'un panier. J'aimais bien me retrouver seul avec lui pour discuter :

  • Dis Papi, tu mangeais de tout toi quand tu étais petit ?
  • Sûrement pas. En pension, ils croyaient que j'allais tomber malade tellement j'étais difficile. Mais tu vois, je suis solide comme un roc, encore aujourd'hui.
  • Mais Maman dit qu'il faut manger équilibré pour bien grandir et moi je déteste les légumes.
  • Je suis sûr que tu ne détestes pas tous les légumes. Cherche un peu...
  • Les courgettes, ça va, mais en gratin. Les petits pois-carottes et les haricots verts ça peut aller, mais en boîte.
  • C'est tout ? Et comme crudités ?
  • Euh, les tomates, un peu le maïs et le melon.
  • Eh bien, je comprends que ta mère ait un peu de mal à te nourrir. Et les fruits ?
  • Là, ça va mieux : je déteste les kiwis et la mangue et il faut passer les oranges pressées parce que j'aime pas la pulpe.
  • Et le jus d'orange de Mamie, tu l'as bien pris ce matin, et pourtant il y avait de la pulpe.
  • Ah bon, tu es sûr ? Alors il faudra qu'elle donne la recette à Maman parce que son jus d'orange avec pulpe a pas le même goût ; celui de Maman, j'arrive pas à l'avaler.
  • Bien, revenons-en au déjeuner. Qu'est ce que tu dirais d'un melon à la menthe en entrée ? En plat, Mamie a prévu un rôti de bœuf : on pourrait l'accompagner de carottes et de petits pois du jardin. Tu dis que tu ne les aimes pas frais, mais ça fait combien de temps que tu n'en as pas goûté ?
  • Euh, je sais pas, mais je pourrai laisser si j'aime pas ?
  • Oui, mais il faut que tu goûtes, d'accord ?
  • Oui Papi, et on peut ramasser des framboises pour le dessert ?
  • Top là mon pote !

En rentrant, j'ai aidé Papi à préparer le déjeuner et figure-toi que je me suis resservi en légumes frais. Mamie n'en revenait pas, et Lisa non plus d'ailleurs.

Et je me suis tellement bien amusé ce week-end-là que j'en ai oublié de réclamer des bonbons.

Forts de cette expérience et armés de bonnes résolutions, on a fait un pacte avec Maman en rentrant chez nous :

  • Je devais goûter à tout.
  • La liste des aliments que je refusais de manger ne devait pas dépasser 10 pour les légumes et crudités et 5 pour les fruits.
  • Toutes les friandises qui franchissaient le seuil de la maison devaient atterrir dans une boîte sous contrôle parental pour être redistribuées avec parcimonie. Là, je laisse ton lecteur traduire, c'est une formule de Maman.

Dans un premier temps, j'ai dû faire beaucoup d'efforts pour respecter ce pacte. Mais ce qui m'a sauvé ensuite, c'est que Maxime s'est révélé aussi difficile que moi. Alors, Maman a encore dû assouplir ses règlements. Et finalement, on mange plus souvent qu'avant du jambon et des pâtes, et Maman s'est aperçue qu'on ne s'en portait pas plus mal. Elle prévoit quand même toujours quelques légumes à chaque repas. Parfois, ils restent dans l'assiette et d'autres fois ils atterrissent dans notre estomac. C'est toujours ça de pris a-t-elle fini par se dire.

Et moi, je n'ai plus mal au ventre à l'approche des repas et je réapprivoise petit à petit des légumes que je croyais avoir oubliés à jamais. Et puis, j'ai appris les groupes d'aliments à l'école : ils apportent tous quelque chose d'important pour ta santé, c'est pour ça qu'il faut manger varié. Certains te donnent de l'énergie, d'autres des muscles, d'autres de la mémoire et d'autres encore protègent ton corps contre certaines maladies. Rendez-vous sur mangerbouger.fr si tu veux en savoir plus !

Enfants / Des histoires pour grandir / Les péripéties d'Éliot – Read and Fly © Lecture d'histoires et contes pour enfants. Livres jeunesse sur les angoisses, les souffrances et les questions des enfants aux stades de leur développement.

TEXTES Fany Sarenzo - histoires pour enfants - read and fly

ILLUSTRATIONS PONPON - histoires pour enfants - read and fly